«Je n’y crois pas. » C’est ainsi que Donald Trump a réagi aux conclusions d’un rapport de sa propre Administration, publié le 23 novembre, pendant que les Américains croquaient la dinde traditionnelle de Thanksgiving. Ce rapport synthétise les conclusions de plusieurs centaines de scientifiques sur l’impact potentiel du changement climatique aux États-Unis, et fait froid dans le dos. L’économie américaine pourrait perdre jusqu’à 10 % de son PIB, chaque année, à cause des dommages liés aux dérèglements. Détail étonnant : une grande partie de ces dommages résulterait de la réduction de la productivité du travail, causée par la hausse du thermomètre. Beaucoup d’études montrent qu’elle entraîne un déclin d’efficacité des personnes, qui produisent moins, réfléchissent moins bien et dont les performances chutent brusquement lorsque les 28 degrés sont atteints. Il fera trop chaud pour travailler, ironisent certains commentateurs. Mais le tableau dressé par les experts ne prête pas à sourire.

L’agriculture sera touchée. Si les grandes plaines du Nord, qui fournissent la majeure partie de la récolte de blé, pourraient bénéficier du réchauffement du climat, les rendements des cultures dans les autres régions, en particulier le maïs et le soja dans la Corn Belt, en pâtiront. Il deviendra de plus en plus dur de compenser la sécheresse par l’irrigation. Les nappes phréatiques tomberont au plus bas. Le déclin de la productivité sera accentué par une incidence accrue des ravageurs et des maladies.

Le rapport pointe aussi les risques de dégradation de la qualité des sols et des eaux, et la menace que fait peser l’augmentation de la fréquence des hautes températures sur la santé des hommes et du bétail. Les communautés rurales, où vivent 15 % des Américains, seront touchées de plein fouet. Or, elles sont très vulnérables, souligne le document, en raison de leur taux de pauvreté, bien supérieur à la moyenne nationale, et de leur manque d’infrastructures.

La logique voudrait que ces prédictions catastrophiques provoquent un sursaut des politiques fédérales. Il n’en sera rien, du fait de l’idéologie climatosceptique qui règne au plus haut niveau du gouvernement. Après tout, les États-Unis n’ont-ils pas réduit leurs émissions de gaz à effet de serre de près de 3 % en 2017 ? Grâce, non pas aux énergies renouvelables, mais à la substitution du gaz naturel au charbon dans les centrales électriques. Et puis, il gelait à New York le 23 novembre. Alors, le ciel peut attendre.