Mathématiquement, tout le monde a raison et ne ment pas. Et ce, même si la Commission européenne n’a pas hésité, de façon un peu hasardeuse, à employer le hashtag #fakenews sur Twitter pour tenter de disqualifier les chiffres, selon elle exagérés, de la baisse qu’elle propose du budget de la Pac, malgré les évidences et convergences de vues de la plupart des experts.

C omme il fallait s’y attendre, Bruxelles a tenté de jouer sur les mots pour présenter une baisse budgétaire de « seulement 5 % » pour la Pac, lorsqu’elle s’élève en réalité à environ 12 %. Cette baisse, jugée d’ailleurs par la France « drastique », a provoqué un tollé de nombreux États lors du premier tour de table sur le projet de budget européen, le 14 mai dernier. Aux côtés de la France, l’Espagne, l’Irlande, la Pologne et la plupart des pays d’Europe centrale, ainsi que le Portugal et l’Italie, se sont élevés contre la proposition bruxelloise, ce qui a de quoi rassurer. Seuls le Danemark, la Suède et les Pays-Bas s’en sont félicité, l’Allemagne préférant rester discrète.

La proposition de la Commission constitue, de fait, une double peine pour la Pac. Elle fait porter aux agriculteurs le coût intégral du Brexit. Aucune compensation pour la Pac n’est prévue, contrairement à ce qui avait été annoncé par le commissaire au budget.

En plus de cela, la Pac paie le prix d’un budget européen miniature, inférieur même à celui de la période précédente (2013-2020), si on le compare à sa part du PIB. Alors que le Parlement européen demandait un budget européen en augmentation, autour de 1,2 % du PIB des 27 États membres, Bruxelles a proposé 1,11 % du PIB, intégrant même le Fonds européen de développement qui, jusque-là, était exclu du périmètre du budget européen.

Au final, la Pac et les agriculteurs payent donc le prix du Brexit et de la volonté de développer de nouvelles politiques, sans s’en donner les moyens. Mais ce n’est qu’une proposition de la Commission. Le dernier mot reviendra aux chefs d’État et de gouvernement, et au Parlement européen.

Le cercle des pays amis de la Pac, et en premier lieu le président Emmanuel Macron, devront convaincre leurs homologues que l’Europe de demain ne se construira pas sur les décombres des politiques traditionnelles. Et que la transition des systèmes agricoles et alimentaires ne se fera pas sans une politique d’investissement forte, telle que la Pac.

Par Luc Vernet