Alors qu’un accord serait à trouver dans les deux mois à venir pour définir la future relation commerciale entre l’Union européenne à vingt-sept et le Royaume-Uni, ce dernier semble adopter la stratégie du dernier moment. Les deux parties savent qu’elles ont tout à perdre en l’absence d’accord aux conséquences économiques majeures. Cependant, afin d’arracher le plus de liberté et le moins de respect des règles européennes à l’avenir, Londres joue la montre. Dans une négociation de derniers instants, le gouvernement britannique fait le pari que seuls les sujets les plus importants seraient traités et que Bruxelles accepterait de passer par pertes et profits nombre de dossiers sectoriels et de règles de mise en œuvre.

Pour l’agriculture et l’agroalimentaire, avec ses 22 milliards d’euros annuels de balance commerciale positive en faveur de l’Union à vingt-sept, le diable se cache précisément dans les règles de mise en œuvre. Un accord de libre-échange pour ces secteurs est à privilégier et assez aisé à atteindre­ dès lors que les autres sujets de la négociation – pêche, frontière irlandaise… – ne bloqueront pas l’ensemble. Mais, il nécessite des précautions impératives que les négociateurs européens ne doivent pas omettre. Le Royaume-Uni a maintenant la faculté de passer des accords commerciaux avec le reste du monde. Nul doute qu’il proposera d’ouvrir plus ses marchés alimentaires à des zones telles que le Mercosur, les États-Unis, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, en échange de concessions dans les secteurs des services. L’UE doit veiller à interdire toute forme de rocade qui permettrait aux importations des pays tiers de passer par le Royaume-Uni, d’en prendre la nationalité via quelques transformations mineures, pour ensuite entrer sans droit ni limite sur le marché commun. Sinon, autant confier les clés de la politique commerciale européenne à Londres ! Cela passera par les règles d’origine strictes, refusant qu’une transformation mineure permette à des produits de pays tiers de devenir des produits britanniques.

S’il y a un accord, il devra aussi exclure une autre forme de rocade : des importations par les Britanniques de produits pour alimenter son propre marché et libérer d’autant des productions nationales qui deviendraient disponibles pour être exportées vers l’Union européenne. Cela passe par une analyse des bilans d’approvisionnement du marché britannique en produits agricoles, et ne doit aucunement être oublié dans la négociation en cours.

par Yves Madre