Le 29 mars et le 12 avril sont passés. Par deux fois, les Britanniques ont reculé face à la perspective d’un Brexit aux conséquences non mesurées. Difficile pour le secteur agricole européen de ne pas se réjouir de la volonté affichée, de part et d’autre du tunnel, d’écarter un scénario catastrophe sur le plan commercial. Difficile aussi, pour les proeuropéens, de ne pas se féliciter qu’il soit à ce point compliqué de quitter une Union européenne tant décriée par ailleurs. À court terme, ces tergiversations ne sont pas sans poser de sérieuses questions sur le fonctionnement même de l’UE.

S’il n’est pas impossible qu’un accord soit trouvé outre-Manche d’ici au 26 mai, permettant une sortie ordonnée et l’annulation des élections promises par la Première ministre Theresa May à ses homologues européens, il ne s’agit là que d’une éventualité dont les clefs sont détenues – chose inédite dans ce dossier – par le parti travailliste britannique, qui caracole en tête des sondages.

Il faut donc envisager que les Britanniques jouent les prolongations, pour quelques mois supplémentaires a minima. Cela signifierait qu’ils éliraient de nouveaux représentants pour siéger au Parlement européen, qu’ils désigneraient un potentiel commissaire européen, qu’ils participeraient pleinement, au mois de juin, au choix du futur président de la Commission, voire même à l’élaboration de la lettre de mission des futurs responsables européens, à l’instar des autres États membres. Ils continueraient d’être associés aux pourparlers commerciaux, notamment avec les États-Unis, avec lesquels ils envisagent un accord bilatéral par ailleurs.

Aussi absurde que cela puisse paraître, les responsables politiques actuels estiment qu’il s’agit de la moins mauvaise des solutions, quitte à mettre entre parenthèses les projets européens. L’ensemble du calendrier européen pourrait être remis en cause, au-delà de l’année 2019, par un effet de dominos. Comment, en effet, entamer sérieusement des négociations budgétaires pour l’après-2020, quand plane encore une inconnue équivalente à la contribution nette britannique, soit plus d’une dizaine de milliards d’euros ? Les chefs d’État et de gouvernement envisageaient de lancer les pourparlers à compter de juillet pour sceller un accord d’ici à la fin de 2019. Cet exercice est désormais compromis. Si le Brexit intervient de façon ordonnée en 2019, l’Union européenne devra immédiatement s’activer pour faire ses comptes et reprendre en main son agenda de façon là aussi ordonnée, y compris celui de la Pac.

par Luc Vernet