Alors que les incendies continuent de grignoter la forêt amazonienne, le président du Brésil ne ménage pas ses efforts pour relativiser la catastrophe. Multipliant les contre-feux avec beaucoup de zèle, Bolsonaro a fini par inquiéter les entreprises de l’agrobusiness. Très vigilantes sur l’image renvoyée à leurs clients internationaux, ces dernières ont fini par demander à l’exécutif d’atténuer son message anti-environnemental. Les grands propriétaires terriens, montrés du doigt ces dernières semaines, restent pour l’instant silencieux. Mais certains négociants et transformateurs, en contact direct avec les acheteurs, notamment européens, se révèlent plus critiques.

Crise amazonienne

Blairo Maggi, ministre de l’Agriculture du gouvernement précédent et fondateur du géant du négoce Amaggi, a dressé un premier bilan dans la revue Valor Econômico. « Les marchés avaient le sentiment que le Brésil avait avancé sur la protection de l’environnement. Tout est remis à zéro. » En 2008, les traders s’étant, par exemple, engagés à ne plus commercialiser ni financer la production de soja issue des zones de déforestation de forêt primaire.

Depuis le début de la crise amazonienne, Jair Bolsonaro a multiplié les attaques sur les institutions de gestion environnementale, soupçonnées d’être manipulées par les ONG. Premier à en faire les frais, Ricardo Galvão, chargé de contrôler l’avancée de la déforestation, dont le chiffre a augmenté de 88 % en un an. Accusé par le gouvernement de manipuler les données, il a été prié de quitter ses fonctions.

Le président s’est érigé, depuis la campagne électorale, comme un avocat acharné du secteur des matières premières. La FPA (Frente Parlamentar da Agropecuaria), rassemblant les élus proches de l’agrobusiness brésilien, s’était finalement rangée pendant la campagne 2018 derrière lui, plus à même de l’emporter. Dès le début de son mandat, le président Bolsonaro a multiplié les prises de positions favorables au secteur, avec notamment des discours très hostiles aux Mouvements des sans-terre (MST) et aux peuples autochtones. Le ministère de l’Agriculture a par ailleurs récupéré la tutelle du ministère de l’Environnement et la gestion de la démarcation des terres indigènes. Ce superministère est dirigé par Tereza Cristina, ex-présidente de la FPA.

Redorer l’image du Brésil

Tandis que les accords du Mercosur avec l’Union européenne doivent encore être validés par les États membres du Vieux Continent, la ministre brésilienne de l’Agriculture a fini par relayer l’inquiétude des exportateurs agricoles au gouvernement. Le ministère des Relations extérieures brésilien prépare ainsi une campagne de communication pour appuyer l’image d’une « puissance agricole sérieuse ». En espérant que l’imprévisible président ne remette pas de l’huile sur le feu.

Benoît Devault