Depuis deux ans, le gouvernement australien enregistre les surfaces agricoles aux mains des étrangers. Le résultat est sans équivoque : 14 % de la SAU nationale est concernée. Un chiffre spectaculaire qui comptabilise cependant autant les propriétés privées que les fermages. La majorité des terres contrôlées par des capitaux étrangers sont en effet des surfaces louées à l’État, avec des baux pouvant atteindre quatre-vingt-dix ans.

Devant les Anglais

Parmi les investisseurs concernés, la Chine se distingue. En une année, les terres contrôlées par des intérêts chinois ont été multipliées par dix, pour atteindre 2,5 % de la SAU. Selon le classement des pays implantés en 2017, le géant asiatique a rejoint le partenaire historique britannique, en net recul (2,6 % de la SAU), et est passé loin devant les États-Unis (0,7 % de la SAU).

« Ces chiffres ne m’inquiètent pas. Ce n’est pas une surprise », commente Fiona Simson, présidente de la Fédération nationale des agriculteurs (National Farmers’Federation, NFF).

Des transactions de grande envergure ont suffi à changer la donne, tel le rachat de l’empire du bœuf Kidman and Co – une exploitation de 11 millions d’hectares – par un consortium comptant un tiers de capitaux chinois. Ou la prise de parts chinoises dans la plus grosse ferme laitière du pays.

À la suite de l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre les deux pays, en décembre 2015, Pékin a investi 10 milliards d’euros en Australie en un an, en devenant son premier partenaire agricole.

Cette prise d’intérêts chinois dans la terre divise cependant le monde agricole. Les représentants des grandes compagnies comme la NFF se félicitent. En Australie, où l’agriculture n’est pratiquement pas subventionnée, l’agro-industrie et le gouvernement ont en effet toujours compté sur de capitaux étrangers pour réaliser des grands projets destinés à l’exportation (60 % de la production). D’autres s’inquiètent et craignent la remise en question du modèle familial. Sur les quelque 134 000 fermes que compte le pays, 99 % restent cependant des exploitations familiales.

Contrôle renforcé

« Il existe une très forte sensibilité dans le monde rural à l’égard des grandes compagnies étrangères, notamment des investisseurs asiatiques, à laquelle le gouvernement doit répondre », explique Ann Hamblin, chercheuse à l’University of Western Australia.

Face aux critiques, le gouvernement a mis en place, en 2015, un registre des terres aux mains des étrangers, et cette année, un autre sur les droits d’accès à l’eau. Le contrôle des acquisitions foncières a également été renforcé, en 2015, pour les investissements étrangers supérieurs à 10 millions d’euros. Mais, concrètement, « très peu d’acquisitions de terres agricoles ont été rejetées », pointe l’expert Mick Keogh, directeur de l’Australian Farm Institute.

Magali Reinert, à Sydney