« Nous sommes en ruine. » « Ras-le-bol d’être considérés comme des ONG. » Juchés sur des tracteurs, à pied, munis de gilets orange, à cheval ou encore aux côtés de leurs chiens de chasse, des milliers d’agriculteurs espagnols, rejoints par des chasseurs et des professionnels de la tauromachie, ont battu le pavé ce dimanche 20 mars dans les rues de Madrid pour crier leur détresse sociale. Prévue de longue date, cette manifestation, la première depuis que le pays sort la tête de l’eau côté pandémie, aura rassemblé près de 400 000 personnes, selon le collectif des organisations agricoles (Asaja, COAG et UPA). De son côté, le gouvernement – qui craint une récupération par l’opposition (droite et extrême droite) présente dans les cortèges – en comptabilisait 150 000 environ.

Des charges plus élevées

Sécheresse, désertification des campagnes, asphyxie financière. Derrière la multiplicité des enjeux, les manifestants se sont malgré tout unis au nom d’une requête urgente, celle d’un « plan choc et massif » pour leur survie. Avec, à la clé, un allégement de leurs coûts de production et la régulation des tarifs d’électricité. « Nous avions d’ores et déjà connu, au deuxième semestre de 2021, une augmentation des prix. La guerre en Ukraine nous met dans une situation plus difficile encore », résume Lorenzo Ramos, secrétaire général de l’UPA, l’Union des petits agriculteurs, dans plusieurs médias. Une guerre qui, selon les professionnels du secteur, servirait de prétexte à certains pour spéculer sur les prix, notamment ceux des produits phytosanitaires. « Avant, les prix des fertilisants avaient déjà doublé, aujourd’hui, ils sont plus élevés encore », poursuit Lorenzo Ramos, ajoutant que le prix d’un litre de l’essence agricole, qui était de 0,40 à 0,45 centime, tourne à présent à plus de 1,40 euro. Des envolées telles que nombre d’agriculteurs estiment, depuis plusieurs semaines déjà, ne plus parvenir à couvrir leurs dépenses. « Aux coûts de production actuels, les paysans ne peuvent plus produire », confirme Miguel Padilla, secrétaire général du syndicat agricole COAG.

Grève des transporteurs

Face à la mobilisation, le gouvernement fait pour l’heure profil bas, tentant déjà de résoudre la grève entamée le 14 mars par certains transporteurs routiers contre la hausse des prix du carburant. Un mouvement qui ne manque pas d’affecter directement le secteur agricole et laitier. La semaine dernière, Mercamadrid, le principal marché de gros d’aliments frais de la capitale, a enregistré une baisse de 50 % dans la réception de fruits et légumes. De leur côté, certaines usines de la Fédération nationale des industries laitières (Fenil) ont été mises à l’arrêt, du fait du caractère très périssable de cet aliment. Dans plusieurs régions, comme à Valence, des enseignes de supermarché comme Consum ont, en réponse, décidé de réduire leurs achats de packs de lait. Le 21 au soir, le gouvernement avait prévu d’accorder 500 millions d’euros de subventions aux transporteurs, sans baisse de TVA. La balle est désormais dans leur camp. Majorie Cessac