Le Royaume-Uni n’a pas encore entamé de négociations avec l’UE, mais le Brexit a déjà un impact négatif sur beaucoup d’exploitations. Antony Pearce a pris conscience de la perte d’attractivité du marché du travail britannique le mois dernier. « Il m’a fallu plus de temps pour trouver des extras pour la préparation des ventes de Noël », rapporte cet éleveur de dindes du Buckinghamshire. Il n’a pourtant rien changé à sa méthode de recrutement, ni aux conditions financières offertes aux saisonniers. « Le problème, c’est que les Européens de l’Est ne se sentent plus les bienvenus ici. La baisse de la livre sterling face à l’euro ne fait pas non plus leurs affaires », constate ce volailler céréalier.

Pénurie de main-d’œuvre

Même la perspective d’un emploi permanent peine à attirer les travailleurs agricoles. Patrick Hook a beaucoup de postes à pourvoir en ce début d’année. Le climat xénophobe qui s’est installé dissuade les candidats potentiels. Un vrai casse-tête pour cet éleveur de poulets de la région d’Oxford. « Nous n’avons pas de main-d’œuvre agricole qualifiée ici. La vitalité du secteur repose beaucoup sur l’immigration européenne », insiste-t-il. Sur les 2 000 employés que compte le groupe P. D. Hook Hatcheries, un tiers sont originaires d’un pays des Vingt-Sept. « Mes employés sont inquiets pour l’avenir, même ceux qui sont installés ici depuis dix ans », déplore Patrick Hook. Certains, des ressortissants d’Europe de l’Est, ont d’ailleurs préféré quitter le pays, tant l’incertitude concernant le statut post-Brexit des citoyens européens installés outre-Manche est grande.

Le discours sur le Brexit prononcé par Theresa May mi-janvier n’a pas apaisé les agriculteurs. La Première ministre est déterminée à restreindre drastiquement l’accès du marché du travail britannique aux Européens. Pour Arthur Fearnall, producteur de lait et vice-président du forum des agriculteurs de Dairy UK, « si le gouvernement ne fait pas preuve de souplesse, nous allons à l’encontre d’un énorme problème ».