«C’est un grand chaos législatif. » Ramiro Cid, le coordinateur de la commission phytosanitaire du réseau de Bonnes pratiques agricoles (BPA) de l’INTA (1), ne mâche pas ses mots. Et pour cause : la dernière loi nationale traitant de la distance d’épandage des produits phyto en Argentine date de 1958 et « la plupart des gens ne savent même pas qu’elle existe ». Depuis, chaque province a établi - ou non - sa propre loi sur la question.

Un travail sans précédent

Celle de Buenos Aires interdit, par exemple, l’épandage aérien à moins de 2 000 m des habitations, contre 1 000 m pour celle de La Pampa, qui exclut aussi l’épandage terrestre à moins de 500 m des lieux de vie. Pour rajouter une touche de complexité, les municipalités peuvent faire passer des ordonnances spécifiques.

Dans l’espoir de mettre fin à ce flou législatif, nombreux sont les projets de loi qui se sont succédé, en vain. Le réseau BPA espère que celui qu’il prépare aura plus de chance. Après deux ans de travail, il sera finalisé d’ici quelques mois. Ramiro Cid a bon espoir. « C’est la première fois qu’un groupe aussi grand œuvre sur le sujet. » Ministère de l’Agro-industrie, secrétariat à l’Environnement, représentants des provinces et organisations professionnelles concernées sont arrivés au consensus suivant : une loi qui établirait des directives, des contrôles et des sanctions relatives à l’épandage, sans mentionner de distances. « Ce seront des groupes de travail, au niveau municipal, qui définiront les zones d’amortissement ou d’exclusion. »

Un sujet délicat

Cette loi serait « un changement majeur quant au contrôle des bonnes pratiques d’épandage », une question cruciale en Argentine après la médiatisation de cas d’agriculteurs victimes de maladies liées à leur exposition aux produits phytosanitaires. « Mais elle ne satisfera pas ceux qui s’opposent à l’utilisation de ces produits », anticipe Ramiro Cid.

Le débat, qui s’est intensifié au cours des quatre dernières années, est donc loin d’être clos. « Je crois que l’aspect le plus conflictuel de cette loi sera au niveau des groupes de travail. » Pour les municipalités, le sujet est délicat. « Plus qu’un débat national, ce sont de multiples débats à l’échelle locale » qui ont lieu, observe Ramiro Cid, souvent autour de la santé des riverains. Début 2019, le département d’Exaltación de la Cruz, dans la province de Buenos Aires, a interdit l’épandage aérien après qu’un avion a fumigé au-dessus d’une école. Des décisions qui se heurtent aux craintes des producteurs, dans une économie très dépendante de l’agriculture. Dans la province d’Entre Ríos, où l’épandage aérien est interdit à moins de 1 000 m des établissements scolaires, un agriculteur interpellé pour avoir enfreint cette loi a mis en avant le fait que si celle-ci était respectée, la province perdrait 300 000 hectares de production.

Laura Hendrikx

(1) Institut national de technologie agricole.