Le Covid-19 aura précipité les transformations dans les abattoirs allemands. À la suite de contaminations de masse sur certains sites, le gouvernement d’Angela Merkel a annoncé, fin mai, l’interdiction de la sous-traitance dans cette branche à partir de 2021. Les industriels délèguent massivement leur production à des prestataires recrutant des travailleurs est-européens. Une manière de comprimer les coûts : les sous-traitants étrangers doivent verser le salaire minimum allemand, mais les charges sociales de leur pays.

Pas d’indemnités journalières

Des infractions au droit du travail et les conditions d’hébergement, fréquemment en dortoirs, sont dénoncées depuis longtemps par le syndicat du secteur, NGG. Il estime à 30 000 le nombre de salariés d’Europe de l’Est employés en sous-traitance dans les abattoirs allemands. Acculés, les industriels de la viande avaient proposé d’abandonner le système des travailleurs détachés. L’absence d’indemnités journalières en cas de maladie incite à venir au travail souffrant. Selon le vœu du gouvernement, qui doit encore présenter un projet de loi, les abattoirs devront embaucher eux-mêmes. « La question est : voudront-ils vraiment être embauchés par les transformateurs ? Il existe différentes situations. Certains sont là depuis longtemps, d’autres pour six mois », explique Karin Vladimirov, porte-parole de NGG. Les industriels se posent la même question. « Il est certain que les entreprises ne pourront pas embaucher le nombre de collaborateurs nécessaires au 1er janvier 2021. Les prestataires ne vont pas se faire débaucher leurs salariés, mais vont les orienter vers d’autres branches, assure la Fédération des industriels de la viande (VDF). Certaines entreprises sont dépendantes de la sous-traitance car elles n’ont pas assez de travailleurs sur place et ne sont pas en mesure de recruter ailleurs en Europe. »

Abattoirs délocalisés

Par souci d’équité, des professionnels exigent une interdiction de la sous-traitance dans toute l’économie. Les sociaux-démocrates y sont favorables, mais pas les conservateurs ni le patronat. La VDF brandit la menace de « délocalisations d’abattoirs, là où se trouve la main-d’œuvre ». Un argument qui ne convainc pas Karl-Josef Laumann, ministre du Travail et de la Santé de Rhénanie du Nord-Westphalie, où siègent plusieurs poids lourds du secteur. « Les abattoirs sont là où sont élevés les animaux. Nous avons en Allemagne un secteur de l’élevage fort et concurrentiel », a-t-il expliqué dernièrement dans la presse. L’interdiction de sous-traiter devrait conduire à une hausse des coûts de production. Les éleveurs ont peur d’en faire les frais.

« Les craintes de rognage sur les prix aux producteurs sont justifiées. La politique des distributeurs est très agressive », souligne Matthias Quaing, analyste de marché du groupement d’éleveurs porcins ISN. La viande est, en effet, très bon marché en Allemagne, où les consommateurs rechignent à dépenser pour les produits alimentaires.

Luc André