Après le coronavirus, la peste porcine africaine (PPA). L’année 2020 s’annonce maudite pour les éleveurs porcins allemands. Depuis la découverte d’un cadavre de laie infectée près de la frontière polonaise le 10 septembre, la branche est fébrile. La maladie représente un danger vital pour les quelque 25 millions de porcs du pays.

Porcs cherchent acheteurs

Au 21 septembre, treize cas de PPA étaient confirmés chez des sangliers, aucun chez des porcs domestiques. Des restrictions portent sur 20 communes et 3 cantons du Brandebourg, mais déjà les importants marchés asiatiques ont fermé leurs portes. « Les éleveurs, qui ont encaissé une chute des prix dès mars à cause du Covid-19, sont désemparés par ce nouveau rebondissement », témoigne Matthias Quaing, expert marché de la fédération porcine ISN. Tombés de 20 centimes/kg, à 1,27 euro/kg le 11 septembre, les prix n’ont pas poursuivi leur baisse. « Il faut aider les exploitants dans le Brandebourg en leur achetant leurs animaux, car personne ne les veut actuellement », explique Matthias Quaing.

Les abattoirs espèrent un accord de régionalisation avec les pays importateurs. Ils tablent sur une interdiction de livraison de viande issue de la zone de restriction. Régionaliser les provenances est la ligne d’attaque du gouvernement fédéral avec les pays importateurs, mais le ministère de l’Agriculture reconnaît qu’aucun pays de l’UE n’y est parvenu avec la Chine jusqu’ici. La réouverture des marchés à l’export est « essentielle », souligne l’expert. Au premier semestre, près de 27 % des exportations de porcs sont allées vers la Chine. La Corée du Sud et le Japon représentent 4 % et 3 % des exports. Sans accord, il faudra attendre un an sans cas de PPA pour pouvoir reprendre les envois vers les pays tiers.

Indemnisations promises

Dans la région concernée, les exploitants réclament une « cellule de crise centralisée dotée de compétences » et un passage d’une clôture mobile à une fixe autour du périmètre de découverte des cadavres infectés.

Le gouvernement régional a promis des indemnisations à tous les paysans touchés. La ministre fédérale de l’Agriculture, Julia Klöckner, a évoqué, devant les députés le 17 septembre, des aides en liquidités et un soutien au stockage­ privé. « Un stockage n’a de sens que s’il concerne les morceaux destinés à l’exportation et est assorti d’une obligation d’exporter », relève Matthias Quaing. Il craint sinon une déstabilisation du marché et se demande si le coût de fonctionnement des chambres froides ne dépasse pas la valeur des produits.

La filière plaide pour des primes de chasse plus généreuses pour réduire la population de sangliers­. « Il existe un énorme danger que la maladie se diffuse dans tout le pays et au-delà chez nos voisins », met en garde Matthias Quaing.

Luc André