Les liens entre agriculture et environnement seront au cœur des discussions entre le Conseil et le Parlement européen sur la réforme de la Pac, et de celles menées au cours des deux ans à venir sur la déclinaison concrète des propositions de stratégies « De la ferme à la fourchette » et « Biodiversité », avancées par la Commission.

Dans ce contexte, des réunions ont été lancées par l’USDA (1) et Farm Europe, think tank agricole européen, pour créer un dialogue transatlantique sur la durabilité en agriculture. Au-delà des effets de manche de l’Administration américaine à la veille des élections présidentielles, il ressort une convergence de vue sur la nécessité d’accroître la production agricole, tout en préservant mieux l’environnement. En la matière, l’UE et les États-Unis ont une responsabilité à assumer vis-à-vis de leurs propres marchés, mais aussi à répondre aux besoins croissants des pays tiers.

Pour cela, le recours à l’innovation est mis en avant par le Parlement, la Commission européenne et l’USDA. Agriculture de précision, adaptation des itinéraires techniques, nouvelles rotations des cultures sont des terrains sur lesquels tous se retrouvent. Sur les nouveaux modes de sélection génétique (notamment le recours à la méthode Crispr Cas9, qui a valu le prix Nobel à la chercheuse française), les atermoiements européens sont chose incompréhensible outre-Atlantique. D’autant que les Américains saisissent les dispositions favorables en la matière d’une majorité de décideurs européens, dès lors que les discussions restent dans le champ de l’informel.

S’agissant des orientations que la Commission avance dans sa stratégie « De la ferme à la fourchette », l’incompréhension est nettement plus marquée. D’un côté, les États-Unis y voient un mixte de populisme et de décroissance agricole. Sur ce dernier point, les données ne peuvent pas leur donner tort si les propositions de la Commission restaient toutes en l’état. D’un autre côté, ils craignent une entrave potentielle au commerce via des normes européennes nouvelles. Une Union européenne plus exigeante pour des raisons sanitaires scientifiquement fondées aurait tout lieu d’imposer ses standards aux produits importés. Il en va de la cohérence et du respect des citoyens et consommateurs. Mais cela suppose de se baser réellement sur la science et d’écarter les dogmes et voies populistes, ce qui reste à réaliser.

(1) Département de l’Agriculture des États-Unis.

par Yves Madre