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« Notre démarche collective est une aventure entrepreunariale et humaine accompagnée d’une vision valorisante et gratifiante de l’agriculture. Enfin, on recrée du lien direct avec les consommateurs, expliquent Zoltan Kahn, Florence Vincent, Dominique Goffart, Jérôme Forgeot, Audrey Oudart (la salariée commerciale) et Jérôme Vincent (de g. à d.). © Photos : A. Brehier

Pour sécuriser leur revenu, cinq exploitations céréalières de l’Yonne prospectent les marchés publics de la capitale.

En bio depuis quelques années, des agriculteurs du pays d’Othe (Yonne) ont décidé de valoriser leur proximité avec Paris. À 140 km de la capitale, ils souhaitent vendre en direct un maximum de leurs produits : farine, pâtes artisanales, lentilles, pois chiche, huiles. Grâce à l’appui d’Eau de Paris, la régie de la capitale chargée de l’approvisionnement en eau (1), les céréaliers sont entrés en contact avec les élus et les responsables des caisses des écoles de plusieurs arrondissements. Ceux du XIe étaient venus les rencontrer en mai 2017. « Ils nous ont demandé ce que nous pourrions fournir à leurs cantines (9 300 repas par jour), explique Jérôme Vincent, l’un des cinq agriculteurs. Pendant un an et demi, deux d’entre nous ont livré 7 tonnes de lentilles. »

Se structurer

« Parallèlement, une étude de marché, financée à 80 % par l’agence de bassin Seine Normandie, a été lancée, et nous nous sommes structurés en association. » Une marque a été créée : « Terres du pays d’Othe ».

Depuis le 1er décembre, une salariée a été embauchée à mi-temps afin de s’occuper du développement commercial. En plus des cantines, les magasins bio sont ciblés. « À cinq, on cultive 1 000 ha, et on est déjà très pris sur nos exploitations, souligne Dominique Goffart, un autre membre de l’association. Outre une partie de la commercialisation, nous avons fait le choix de déléguer la transformation en faisant appel à plusieurs prestataires. »

L’huile est ainsi pressée et filtrée par un agriculteur de la région. La farine et l’ensachage sont faits par un meunier bio. Pour la fabrication des pâtes artisanales, faute de trouver un prestataire, les agriculteurs ont investi dans une machine avec séchoir et ensachage. Le coût s’est élevé à 55 000 €, dont 40 % ont été subventionnés dans le cadre d’un plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations.

L’équilibre financier de l’association sera atteint à partir de 100 tonnes de produits vendus. « Nous en sommes encore loin. Mais le potentiel est là. Nous sommes très bien reçus partout où nous allons. Les chefs d’établissement commandent un peu. Les élus sont demandeurs, mais la législation concernant la vente directe dans les collectivités reste encore complexe, et les procédures sont longues. » Alors que la loi alimentation va obliger les collectivités à acheter pour au moins 50 % de leur approvisionnement des produits durables ou sous labels de qualité (2), à partir de 2022, ces agriculteurs estiment qu’ils sont dans les starting-blocks. « D’ici à deux ans, nous serons prêts. »

Anne Bréhier

(1) En collaboration avec l’agence de l’eau SeineNormandie ainsi qu’Eau de Paris, ces exploitationstravaillent à améliorer la qualité de la ressourceen eau de leur territoire.(2) Dont au moins 20 % issus de l’agriculturebiologique ou d’exploitation en conversion en AB.

Des prix compétitifs

L’association Terres du pays d’Othe s’apprête à répondre à un premier marché public lancé par le XIarrondisse-ment. « Nous pensons être bien placés sur les critères bilan carbone, protection des eaux, circuits courts, estiment les agriculteurs. Nos prix de vente sont compétitifs car il n’y a pas d’intermédiaire. Sur la transformation et la commercialisation, nous ne margeons pas, nous prenons juste une sécurité. Notre objectif est d’abord de garantir aux membres de l’association des prix à la production rémunérateurs (500 €/t de blé) pour sécuriser nos revenus à moyen terme, et être moins dépendants de l’évolution des marchés bio. »

L’association commercialise aussi quelques produits localement, ici des Coquillothes et des lentilles vertes.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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