Une vie bouleversée par les attaques de loups
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  • La clôture épouse le terrain pentu des 6 ha autour de la bergerie. Elle comprend 5 fils électriques et un grillage enfoui dans le sol. Elle mesure 1,50 m de hauteur.

  • Après la dernière attaque en 2017, les brebis ne voulaient plus sortir de la bergerie. « J’ai laissé la porte ouverte, et petit à petit, elles sont ressorties », explique Annie.

  • La commune de La Bollène-Vésubie (en bas à droite) s’étend sur plus de 35 km² de 465 m à 2 122 m d’altitude. L’espace boisé et accidenté constitue un terrain favorable au développement du loup.

Un premier enfer entre 1993 et 1995

Entre 1993 et 1995, Annie et Gérard Sic, en Gaec à Saorge dans les Alpes-Maritimes, ont vécu un enfer à la tête de leur troupeau de brebis à viande. Ils en ont perdu des dizaines égorgées, sans savoir, dans un premier temps, à qui imputer la responsabilité du massacre. Ils finissent par jeter l’éponge pour s’installer à La Bollène-Vésubie sur un territoire abandonné entre deux villages à quelques mètres de la route nationale de la vallée de la Vésubie.

Là, avec 25 brebis laitières lacaunes et 35 chèvres sur 18 ha, ils produisent du lait et fabriquent des fromages qu’ils vendent sur les marchés. Leur système était prospère et permet de subvenir aux besoins de la famille jusqu’en 2015, où tout s’écroule avec le retour du prédateur. Cette fois, les loups attaquent tout près des habitations dans des parcs clôturés à proximité de la bergerie.

Les brebis refusent de sortir de la bergerie

À partir de cette époque, tous les troupeaux et les animaux de particuliers autour des villages de La Bollène et de Roquebillière subissent la prédation. Deux chiens de protection rejoignent le troupeau d’Annie et Gérard. Le couple renforce aussi sa présence auprès de ses animaux. « En 2016, nous n’avons pas eu d’attaques, mais en 2017 les loups sont revenus à deux reprises », se souvient Annie. La dernière attaque a été si violente que les brebis ont mis plusieurs mois avant d’accepter de ressortir du bâtiment.

Ne supportant plus le carnage, Gérard décide de quitter l’exploitation. Annie refuse de laisser ce territoire à l’abandon. Elle investit alors dans une clôture pour tenter de sécuriser les 6 ha autour de la bergerie. Le dispositif de 1,6 km de longueur comprend 5 fils électriques et un grillage enfoui dans le sol. L’ensemble a coûté 25 000 €. Seuls 80 % de l’équipement électrique a été pris en charge par l’administration qui ne retient pas le grillage fixe, « car si un loup parvient à franchir la clôture, l’ensemble est trop étanche et ne permet pas aux brebis de s’enfuir », estime l’Administration.

En 2018, Annie n’a pas eu d’attaque. Désormais seule sur l’exploitation, elle n’a conservé que sa troupe de brebis laitières, ce qui lui permet de fabriquer un type de fromage peu offert sur les marchés. « Je ne sais pas si j’ai eu raison d’investir dans un tel système de clôture, explique-t-elle. J’espère seulement pouvoir pérenniser mon exploitation et ainsi trouver à terme un repreneur. »

M.-F. M.

(1) Rencontre lors d’un voyage de presse organisé par la Confédération paysanne.