« Le modèle économique des circuits courts apparaît vertueux, mais en réalité ce n’est pas toujours le cas. Un agriculteur dans une logique de circuit court va internaliser une fonction qui n’est pas la sienne. La mission des intermédiaires, c’est d’écraser les charges. Il est vrai que l’agriculteur va vendre ses produits plus chers mais a-t-il vraiment plus de marge ? La vente directe suppose des investissements en matériel (camion, laboratoire…) qui doivent être amortis, et beaucoup de temps. Ce dernier point n’est pas souvent pris en compte et chiffré à sa juste valeur.

Je trouve dommage qu’un certain nombre d’exploitants dépensent de l’énergie inefficacement aux dépens de leur production. C’est pour cette raison qu’il faut améliorer les relations de proximité entre la distribution et l’agriculture. Historiquement, elles ne sont pas bonnes pour de mauvaises raisons. La crise du Covid-19 a montré que la grande distribution a ouvert ses portes, il faut profiter de l’instant. Il y a de vraies choses à construire entre les agriculteurs et les distributeurs au niveau local, comme l’organisation de groupements logistiques. C’est un poste qui coûte cher. La mise en place de boucles locales aurait beaucoup de sens si un même camion pouvait livrer le super U, l’Intermarché, la cantine scolaire puis le restaurant… Les coopératives pourraient aussi être de bons vecteurs pour développer des écosystèmes locaux : par nature, elles sont multiproduits, multifilières et elles gèrent déjà des croissements de flux.

Au contact des consommateurs, les distributeurs perçoivent très bien leurs attentes. Sur cette base, ils pourraient écrire leur “politique agricole” et fonder des relations multipartites de long terme avec le monde agricole, localement comme nationalement. Chaque situation est différente, mais il faut se demander : est-ce que je dois investir mon temps dans le commerce ou mon cœur de métier ? Quelle est l’efficacité économique la plus forte ? Ne jamais oublier ce que disait Peter Drucker : “Votre activité secondaire est la spécialité de quelqu’un d’autre.” Ça vaut aussi pour les distributeurs qui veulent faire de l’agriculture. »

Propos recueillis par Marie Salset