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L’Ukraine à l’assaut du marché européen

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Le pays profite d’une faille dans l’accord de libre-échange pour exporter de plus en plus vers l’Union européenne.

Le volume des exportations ukrainiennes de viandes de volailles en direction de l’Union européenne (UE) sur les sept premiers mois de 2018 est au même niveau que celui de toute l’année 2017 (64 000 t). Un accord de libre-échange, signé entre l’UE et l’Ukraine en 2014, a permis de mettre en place des contingents sur les exportations de volailles vers les pays européens. Il en existe deux. Un premier de 20 000 t sur du poulet entier congelé qui, selon les années, est plus ou moins facile à écouler dans l’UE (8 100 t en 2016 et 4 600 t en 2017). En revanche, le contingent concernant les préparations et découpes de poulet (volume de 16 000 t) attire beaucoup plus les opérateurs. Il augmente de 300 t par an.

« L’Ukraine ne se contente pas de cela, indique François Cadudal, responsable du service économie de l’Itavi (1). Elle profite d’une faille dans l’accord pour exporter beaucoup plus de viandes. Des pièces de poitrine avec filets et ailes arrivent sans contingent. Les entreprises les transforment ensuite dans l’UE sous forme de filets. » Les exportations de ces pièces dites « autres » telles que les autres découpes fraîches de poulet, la viande de poulet désossé (frais et congelé) ont fortement augmenté. L’entreprise MHP (lire encadré page 5), par exemple, est implantée aux Pays-Bas. Elle a aussi racheté un opérateur conséquent dans les pays baltes. « C’est en ce sens que l’on peut dire que l’Ukraine est dans l’Europe, et de surcroît un sérieux concurrent », analyse François Cadudal.

Production vouée à l’exportation

La renaissance de l’aviculture en Ukraine a démarré dans les années 2000 après la chute du bloc soviétique. De grandes structures de production ont repris les anciens outils (kolkhoze et sovkhoze). La production était alors destinée à approvisionner le marché national. À partir de 2008, l’Ukraine a commencé à développer un flux d’exportations, notamment du poulet congelé vers l’Irak. Depuis cette date, la consommation intérieure est stable, de l’ordre de 25 kg par habitant et par an. Avec 42,6 millions d’habitants (Crimée et Donbass exclus) et une démographie en baisse, elle a peu de marge de progrès. Désormais, chaque nouvelle construction de poulailler est destinée au marché export.

L’agriculture pèse lourd dans l’économie ukrainienne puisqu’elle représente 12 % du PIB en 2016, et constituait avec le secteur de l’agroalimentaire le deuxième poste excédentaire du commerce extérieur en 2015, derrière la sidérurgie.

Le pays reste cependant importateur de volailles, notamment de viandes pour l’élaboration de charcuteries et de saucisses. Les consommateurs ont tendance à aller vers des produits peu chers qui ne sont pas consommés en Europe (poules de réforme, cuisses, carcasses). « L’équilibre du marché se fait ainsi, et leur permet d’exporter des filets », résume François Cadudal.

Isabelle Lejas

(1) Institut technique de l’aviculture.

Un secteur composé d’acteurs verticalement intégrés

En Ukraine, le secteur de la volaille n’est pas organisé en filière, mais formé d’acteurs verticalement intégrés de la production à la distribution. L’entreprise MHP (Myronivskyi Khliboprodukt) représente 60 % de la production du pays, et 85,6 % des exportations. Elle possède d‘importants sites d’élevage constitués de 16 poulaillers (voir la photo ci-dessous), grillagés par sécurité sanitaire.

Le modèle est très profitable puisque le résultat opérationnel sur chiffre d’affaires de MHP atteint 28 %, contre 5 % pour le français LDC.

Sur la période 2003-2017, l’entreprise a touché 430 millions de dollars d’aides de la Banque mondiale, et 275 millions de dollars de la Banque européenne pour la reconstruction, ainsi que le développement.

Les bâtiments mesurent chacun 120 m de long sur 14 m de large. Les élevages sont organisés en groupes de 15 à 20 autour d’un abattoir. © CHROMAKEY/MHP
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Cet article est paru dans La France Agricole

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