Au lendemain du confinement, les marchés laitiers se dérident. La valorisation beurre poudre, à hauteur de 260 €/1 000 litres en mai, remonte la pente. « Il n’y a pas eu de surstocks d’ingrédients laitiers », souligne Michel Nalet, directeur de la communication chez Lactalis. La balance commerciale s’est également bien comportée. « L’excédent commercial laitier français a grimpé de 19 % en valeur sur le premier quadrimestre », avance Gérard You, de l’Institut de l’élevage (Idele).

Cette embellie s’explique en partie par un lissage réussi du pic de collecte printanier. « La France est le seul grand bassin laitier européen à avoir baissé sa production par rapport à 2019 », souligne le spécialiste. Le prix du lait payé aux producteurs devrait globalement se maintenir sur le premier semestre. D’après les données de la Commission européenne (1), il était de 358 €/1 000 litres en mars (+ 6 %/2019), 359 €/1 000 l en avril (+ 0,8 %/2019) et devrait s’aligner sur son niveau 2019 en mai. Pour la suite, l’incertitude règne.

Vers une nouvelle guerre des prix ?

« Il est difficile de présager de l’évolution des marchés laitiers et les fortes et fréquentes variations des cotations le montrent », insiste Emilie Orieux, directrice de la communication chez Sodiaal. La probable arrivée d’une crise du pouvoir d’achat inquiète les transformateurs.

Chez Savencia, le prix de base est passé de 340 à 335 €/1 000 litres entre les deux premiers trimestres. Dans les mois à venir, « les signaux sont bons sur le marché intérieur et les ingrédients laitiers, mais le manque de visibilité sur l’export de produits de grande consommation laisse planer le doute », explique Daniel Chevreul, directeur des approvisionnements.

De son côté, Lactalis a maintenu le prix du lait payé aux producteurs jusqu’au mois de mai, sans jouer sur la saisonnalité, avant de fléchir en juin. Pour la suite, « il n’y a aucune volonté du groupe à faire baisser le prix du lait, et s’il y a baisse, elle devrait être bien moins importante qu’on ne pouvait l’imaginer quand les cours étaient au plus bas », rassure Michel Nalet.

Pour assurer leurs arrières, les industriels misent sur le soutien des distributeurs pour « éviter une nouvelle guerre des prix du fait d’un pouvoir d’achat sous tension », appuie Sodiaal.

A. Courty

(1) Toutes primes et toutes qualités confondues, bio et AOP compris.