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Porc Une dépendance accrue à l’export

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Les ventes de tonnages importants vers les pays tiers, en particulier la Chine, sont devenues vitales pour la filière européenne.

«Depuis le printemps 2016, on assiste à une forte hausse des prix sur le marché européen du porc, constate Michel Rieu, économiste à l’Institut du porc (Ifip). La cause en est exceptionnelle : ce sont les exportations vers les pays tiers, en particulier la Chine, qui soutiennent les cours. »

Dans le même temps, la production européenne a atteint un sommet, à 23,2 millions de tonnes en 2016 (+1,3 % par rapport à 2015), mais les abattages montrent aujourd’hui des signes de faiblesse. Ils sont en recul de près de 1,5 % sur les trois premiers mois de l’année par rapport à 2016, en cumul pour la France, l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas, note l’Ifip. Au vu du repli des cheptels nationaux de truies, cette tendance se confirmera au second semestre, estime pour sa part le ministère de l’Agriculture dans une note de conjoncture d’Agreste. L’Allemagne reste le premier producteur, désormais concurrencé par l’Espagne (voir graphe). Cette dernière a relégué la France en 3e position malgré la hausse de sa production de 1 % observée en 2016 (1).

En parallèle, la consommation intérieure est plutôt terne (voir l’encadré).

Débouché export vital

Le débouché export est donc vital pour la bonne santé de la filière européenne. Désormais, 10 % de la production est envoyée hors des frontières communautaires, vers la Chine en premier lieu, mais aussi d’autres destinations, asiatiques surtout (voir graphe). Avec un sérieux bémol. « Ces marchés induisent davantage de fragilité que le marché intérieur, avertit Michel Rieu, car ils peuvent se retourner de façon imprévisible. » L’embargo russe l’illustre. La dépendance aux stratégies d’approvisionnement de Pékin est un autre point faible. « Le principal facteur de variation des prix dans l’UE, ce n’est plus la variation de sa production, mais la variabilité des exportations. Depuis un an, le prix européen est fait par la Chine… » Ce pays pèse désormais 41 % des volumes expédiés vers les pays tiers, en hausse de 96 % en l’espace d’un an.

Aujourd’hui, cette demande est suffisamment ferme pour soutenir le porc européen. Néanmoins, la prudence est de mise. « La Chine achète un peu moins, et paie un peu moins cher », souligne Michel Rieu. En parallèle, le porc américain (États-Unis et Canada), aux tarifs plus attractifs, renforce sa présence sur les marchés mondiaux, aux dépens des Européens.

Elsa Casalegno

(1) Elle est attendue en léger recul (-2 %) en 2017.

Une consommation soutenue par la charcuterie

La filière porcine table sur le retour des beaux jours pour relancer les ventes de pièces à griller. Mais ce ne sera qu’un rebond dans un contexte général de repli de la consommation de viande. Une tendance également à l’œuvre chez nos voisins.

Dans l’Hexagone, la consommation (calculée par bilan en équivalent carcasse) est de 32 kg/habitant/an. Un niveau modéré par rapport à une moyenne européenne à 45 kg, et davantage encore par rapport aux Allemands, aux Danois et aux Espagnols, qui sont au-delà de 50, voire 55 kg… Cette différence s’explique en partie par une consommation plus équilibrée entre les différentes viandes – bœuf, porc, volailles, agneau.

Malgré les mises en garde sur leur impact négatif pour la santé, les charcuteries ont le vent en poupe depuis quelques mois, tout comme les saucisses, après une année 2016 difficile (en recul de 0,5 % par rapport à 2015). En particulier, les ménages français plébiscitent les jambons secs italiens et espagnols, malgré leur prix notablement plus élevé que celui de la marchandise française. En revanche, ils boudent le porc frais, en particulier les rôtis, dont les achats sont en chute ces derniers mois.

En 2016, ce sont 4 millions de tonnes (Mt) qui ont été exportées par l’UE vers les pays tiers (contre 3,1 Mt en 2015), pour une valeur de 7,8 milliards d’euros, selon l’Ifip. Les carcasses, pièces avec os et pièces désossées représentent 2,1 Mt, les saucisses, préparations, lards et graisses pèsent 0,5 Mt, et les abats 1,4 Mt. © J. CHABANNE
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Cet article est paru dans La France Agricole

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