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Porc : le match Allemagne-Espagne à l’export

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Les deux plus gros exportateurs européens ont bâti deux stratégies différentes pour conquérir les marchés.

Au coude à coude en termes de cheptel porcin, de loin les deux principaux producteurs de porcs de l’Union européenne (1), l’Allemagne et l’Espagne en sont aussi les deux premiers exportateurs. Pour ces deux champions, la croissance du secteur porcin « a, dans une large mesure, pris appui sur l’augmentation des exportations vers l’UE et les pays tiers », précise Bérengère Lécuyer (2), de l’Institut du porc (Ifip ).

Entre 2010 et 2016, l’Espagne a accru ses expéditions de viande porcine (viande fraîche, produits transformés, lard et graisses) de 800 000 tonnes, pour atteindre 1,7 million de tonnes (Mt), et l’Allemagne a progressé de 460 000 t, à 2,5 Mt. Dans les deux cas, ce sont 44 % de la production qui partent hors de leurs frontières : les adversaires réalisant un ex aequo !

Si l’UE reste la destination principale en volume comme en valeur, l’Asie a absorbé l’essentiel de la hausse de production de ces dernières années (voir l’infographie). La Chine reste la destination phare, mais d’autres se développent (lire l’encadré).

Sur-mesure ou volume

Pour autant, ces deux réussites exportatrices se sont bâties sur des stratégies commerciales différentes. « L’Espagne a misé sur l’export depuis son entrée dans l’UE en 1986, explique Bérengère Lécuyer. Elle est allée la première chercher d’autres clients dans les pays tiers : d’abord l’Asie, et aujourd’hui l’Amérique latine. Le pays a obtenu l’an dernier son agrément sanitaire pour le Mexique. » Les entreprises mettent en avant la qualité et la recherche de valeur ajoutée, en s’appuyant sur la notoriété du jambon sec et des charcuteries ibériques. Elles jouent sur la proximité avec les clients, proposant, en sus du porc standard, une offre sur mesure en termes de type de viande, de découpe, de packaging, ainsi que du porc « premium », ibérique, Duroc, ou nourri à l’huile d’olive, pour les clients asiatiques.

« Côté allemand, les entreprises, de très grande taille (Tönnies, Vion…), misent sur des volumes importants, et des produits standardisés, de qualité constante et régulière. Elles ont des circuits commerciaux bien établis, et la filière porcine dispose de bureaux commerciaux à l’étranger. »

Elsa Casalegno

(1) Le cheptel espagnol atteignait 30 000 têtes en 2016, pour des abattages de 4 Mt. Le cheptel allemand comptait 27 000 têtes, pour des abattages s’élevant à 5,5 Mt.

(2) Présentation lors des Journées de la recherche porcine, les 6 et 7 février 2018 à Paris.

La Chine importe essentiellement des pièces congelées de faible valeur ajoutée, ainsi que des abats (pieds et oreilles de porc). En tête des fournisseurs, l’Allemagne livre de gros volumes à un nombre réduit de gros clients, et l’Espagne propose une offre plus adaptée aux chaînes industrielles chinoises. © AFP
La destination asiatique renforce son poids

La Chine reste la destination phare pour l’export de viande de porc. Compte tenu de l’importance de sa population et la place du porc dans son alimentation, une hausse minime de la demande équivaut à des volumes conséquents. En 2016, Pékin a doublé ses importations, qui ont atteint 5 % de la consommation. Soit des achats de plus de 3 millions de tonnes, contre 1,5 Mt l’année précédente, 1 Mt en 2010 et à peine 0,25 Mt en 2005. L’appel d’air a suffi à purger l’Union européenne de ses surplus, la part de la Chine représentant 46 % de ses exportations (35 % en 2015). L’UE est ainsi devenu le premier fournisseur de l’empire du Milieu (60 % des achats chinois), l’Allemagne et l’Espagne étant au premier rang pour l’approvisionner (voir l’infographie).

Les exportateurs ciblent aussi d’autres marchés asiatiques, à plus forte valeur ajoutée. L’Allemagne et l’Espagne sont parfaitement positionnées. « Ces pays ont réalisé des percées intéressantes vers le Japon et la Corée », explique Bérengère Lécuyer. Entre 2010 et 2016, les ventes vers ces deux destinations passent de 35 000 à 154 000 t pour l’Allemagne, faisant plus que quadrupler. La hausse est encore plus spectaculaire pour l’Espagne, avec des livraisons multipliées par 14, passant de 8 000 à 115 000 t.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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