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Porc Le coronavirus perturbe les échanges

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L’épidémie freine la capacité de la Chine à relancer sa production porcine. Les principaux pays exportateurs souffrent de leur côté d’une logistique au point mort.

Un virus peut en cacher un autre. Alors que la Chine continue de faire face à l’épizootie de peste porcine africaine, le coronavirus, qui touche non pas les animaux mais la population depuis mi-décembre 2019, enraye les flux de marchandises­ à l’intérieur du pays. Une situation de nature à aggraver la décapitalisation du cheptel­ porcin chinois.

Selon Abcis (1), après avoir chuté de 38 % sur les dix premiers mois de l’année, le nombre de truies s’était pourtant stabilisé à environ 19 millions de têtes depuis octobre 2019. À la faveur d’un plan national de relance de la filière (lire l’encadré p. 5), « la construction de nouveaux sites de production et le repeuplement de structures importantes compensaient les pertes des petits élevages à la biosécurité inexistante », précise Jan-Peter Vanferneij, économiste à l’Institut du porc (Ifip).

L’apparition du coronavirus change la donne. « Depuis fin janvier, toute la logistique est bloquée. Les élevages situés dans les zones de confinement ne peuvent plus recevoir d’aliments de l’extérieur. À l’inverse, les porcs élevés dans ces zones ne peuvent pas en sortir pour être abattus. » S’il est pour l’heure impossible d’évaluer l’impact sur les effectifs porcins chinois, « cette situation ne peut en aucun cas être favorable au développement de la production », estime le spécialiste.

Containers bloqués

Les exportateurs mondiaux de viande porcine pâtissent également des effets collatéraux du coronavirus. « Certains organismes bancaires chinois sont à l’arrêt, ce qui peut poser des problèmes de paiement, indique Jan-Peter Vanferneij. Par ailleurs, de nombreux containers de viande congelée restent bloqués dans les ports, en attente d’être vidés. Leur retour aux entreprises exportatrices, françaises comme européennes, risque d’être mis en difficulté par une réduction de la flotte de bateaux fournis par les armateurs, en raison du ralentissement de l’économie chinoise. »

Dans ce contexte, les abattoirs européens « font part de nombreuses difficultés dans le secteur de la vente », relate le Marché du porc breton (MPB), dans sa note hebdomadaire. Les cours restent toutefois orientés à la hausse (lire l’infographie p. 4), notamment dans les pays nordiques où, contrairement à la France, l’offre de porcs fait défaut. En Allemagne, au Danemark et en Espagne, principaux fournisseurs européens de la Chine (lire l’infographie p. 4), les abattoirs « recherchent frénétiquement tous les porcs possibles », afin d’anticiper « le retour à des achats chinois sur de hauts volumes, car le déficit de porcs vivants est énorme, appuie le MPB. […] En attendant, les entreprises européennes ont recours à la congélation ».

Vincent Guyot

(1) Société de services créée par l’Ifip, l’Institut de l’élevage (Idele) et l’Institut technique de l’aviculture (Itavi).

Un plan pour reconstituerle cheptel porcin chinois

« Début décembre, le gouvernement a publié un plan pour rétablir la production porcine en trois ans. L’objectif est de reconstituer le cheptel porcin en 2020 et de retrouver en 2021 les niveaux de production d’avant la crise [de fièvre porcine africaine] », rapporte Abcis, dans une note publiée mi-janvier 2020. Si l’épidémie de coronavirus peut temporairement freiner cette dynamique (lire ci-dessous), des mesures ont d’ores et déjà été prises pour favoriser la construction d’importants outils de production. « Les autorités locales sont encouragées à faciliter les nouveaux projets de fermes porcines. […] Notamment, les élevages de plus de 5 000 animaux n’auront pas à attendre le résultat de l’étude environnementale pour commencer la construction des bâtiments. »

Les abatteurs européens recherchent des porcs, anticipant ainsi le retour de la demande chinoise. © Cédric FAIMALI
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Cet article est paru dans La France Agricole

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