Mauvais timing. La crise sanitaire liée au coronavirus est survenue à l’approche du pic de collecte européen, dans un contexte de livraisons en forte progression : + 1,5 % sur un an au premier trimestre. Le manque de main-d’œuvre et le bouleversement des débouchés ont rapidement mis le secteur en mauvaise posture. Les cotations beurre poudre ont chuté, avant de finalement se stabiliser à la mi-avril. « Tout n’est pas rose, notamment dans le milieu du fromage tradition, mais on s’écarte des scénarios catastrophes et d’une possible constitution de stocks d’intervention européens d’ingrédients laitiers », souligne Benoît Rouyer, économiste à l’interprofession laitière (Cniel), le 3 juin.

Rassurer clients et fournisseurs

Dans ce contexte, les industriels ont dû revoir leur stratégie à court terme. Les investissements sont bien souvent passés au second plan. Il a fallu rassurer clients et fournisseurs sur la continuité de l’activité et de la collecte, souvent au prix d’une modération des livraisons et d’une réaffectation du personnel.

Dans le même temps, une communication massive s’est mise en place pour relayer les mesures de protection du personnel : gants, masques, restriction des déplacements et des réunions, télétravail, limitation de l’accès aux sites de production… Contrairement à certains abattoirs, « aucune laiterie européenne n’a été le foyer de nouvelles contaminations au coronavirus », note Benoît Rouyer.

Solidarité

Autre pan de la responsabilité sociétale des entreprises (ou RSE), la solidarité. Danone a débloqué une aide de 250 millions d’euros à destination de ses collaborateurs commerciaux. Chez Savencia, une prime « de reconnaissance » a été versée aux salariés. Bel et Arla ont, quant à eux, eu recours aux dons alimentaires à destination des hôpitaux et d’associations.

Si un retour à la normale s’amorce chez les transformateurs avec la fin du confinement, l’avenir inquiète. Et si le plus gros restait à faire ? « Nous n’avons pas encore ressenti toute l’ampleur de cette crise économique », alerte Benoît Rouyer. Le FMI prévoit, en effet, un recul du PIB mondial de l’ordre de 3 %, soit la pire récession économique depuis la Seconde Guerre mondiale.

A. Courty