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Les cours du sucre dans une bonne dynamique

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Deux éléments majeurs mais opposés dictent actuellement les prix mondiaux du sucre : les achats importants des spéculateurs et la chute de la monnaie brésilienne.

Les opérateurs non commerciaux sont aujourd’hui très acheteurs sur le marché du sucre, pour quelque 10,5 millions de tonnes (200 000 lots), un record depuis quatre ans. Dans le contexte actuel, celui-ci apparaît ainsi – comme les autres matières premières agricoles – une valeur refuge. Conséquence : le prix du sucre roux à New York est tiré vers le haut, à 15 cents/livre, regagnant le niveau d’avant la crise, durant laquelle il est tombé à 9-10 cents. Le cours mondial du sucre blanc est coté à Londres à 400 dollars/tonne en prix Fob (336 €/t).

Faibles stocks mondiaux

Les spéculateurs se basent aussi sur des fondamentaux porteurs, puisque les stocks mondiaux à fin septembre 2021 devraient s’afficher au plus bas depuis 2017, autour de 38 % de la consommation mondiale. Le déficit de sucre est en effet annoncé à 1,6 Mt pour 2020-2021, après les 6 Mt de 2019-2020, selon FO Licht.

Cette hausse des cours est toutefois limitée par le fait qu’en parallèle, la monnaie brésilienne a perdu la moitié de sa valeur à cause du Covid-19. La parité avec le dollar atteint 5,6, contre 4,4 avant la crise sanitaire. En grande partie destiné à l’export et vendu en dollars, « le sucre est donc très rentable pour les Brésiliens », explique Timothé Masson, économiste à la CGB (1). La canne est transformée majoritairement en sucre, au détriment de l’éthanol. « Le pays devrait en produire en fin de saison (en mars 2021, NDLR) 32 % en plus, avec près de 40 Mt, un record », chiffre François Thaury, chez Agritel.

De son côté, l’Union européenne à 28 s’oriente vers une production de sucre blanc de 15,8 Mt en 2020-2021 (fin septembre 2021), contre 17,2 Mt en 2019-2020, alors que la consommation est prévue à 17,5 Mt. Cette mauvaise performance européenne est due principalement aux faibles rendements de betteraves en France, à cause de la jaunisse. Ils sont annoncés entre 60 et 65 t/ha à 16 °S, soit une chute de 30 % par rapport à la moyenne quinquennale. Si bien que l’UE devrait être importatrice nette cette année, à hauteur de plus de 2,5 Mt. « Pour pouvoir acheter une telle quantité, il va falloir faire jouer des contingents où il y a un droit de douane à percevoir, anticipe Timothé Masson. Du coup, cela devrait faire monter les cours européens pour attirer du sucre d’importation. »

Malgré ce contexte, les cours européens sont lents à réagir. Ils atteignent 362 €/t (prix sortie usine), selon les chiffres de la Commission de septembre 2020. « C’est mieux que l’an dernier, mais cela reste encore non suffisamment rémunérateur pour la filière, signale l’économiste, le seuil de référence étant de 404 €/t. Il regrette que, pour la prochaine campagne, des contrats de vente soient déjà passés, « avant même de connaître les fondamentaux du marché, si bien qu’on ne dépassera pas 380-400 €/t ».

Isabelle Escoffier

(1) Confédération générale des planteurs de betteraves.

Le prix du sucre intracommunautaire est plus élevé que celui du marché mondial. © C. Faimali
Des betteraves plus rémunératrices en 2020-2021 ?

Selon les projections de la CGB pour 2020-2021, avec une hypothèse de 25 % des betteraves françaises destinées à la production de l’éthanol, très peu d’exportations vers les pays tiers et avec un marché européen autour de 380 €/t , « il est possible de rémunérer la betterave 25,5 €/t, hors pulpes », estime Timothé Masson. Sachant que les pulpes vont être rémunératrices du fait du manque de betteraves, donc de sous-produits, et du déficit de fourrages à cause du sec. « On pourrait donc ajouter à ces 25,5 €/t jusqu’à 2,40 € au titre de la pulpe qui appartient aux planteurs », chiffre-t-il. De quoi convaincre les planteurs de resemer autant de betteraves l’an prochain, après les difficultés observées cette année ?

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Cet article est paru dans La France Agricole

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