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L’appétit chinois bouleverse les marchés

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La Chine pourrait perdre 10 % de son autonomie alimentaire dans les années à venir. © JEROME CHABANNE

Insatiable, la Chine ? C’est ce que laisse penser le niveau de ses importations, notamment en provenance de France. Avec une question majeure : pour combien de temps ?

«Présence spectaculaire », « record d’importations », « effet aspirateur »… Les expressions ne manquaient pas, le 10 février dernier, à l’issue du conseil spécialisé des céréales de FranceAgriMer, pour qualifier la place de la Chine sur les marchés internationaux. La demande en nutrition animale (porcine et avicole) de l’empire du Milieu tire, en effet, la consommation­ mondiale de grains. Ses importations de blé se situent notamment à un plus haut sur vingt-cinq ans, à 10 millions de tonnes (Mt). La Chine a épuisé les disponibilités en orges canadienne et ukrainienne et « a déjà réservé une partie de leur prochaine récolte, indique Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucre de FranceAgriMer­. On assiste ces derniers mois à une politique de reconstitution massive des stocks, au plus bas depuis cinq à six campagnes, par les fabricants d’aliments ».

La logistique est par ailleurs un facteur important « pour un pays d’une telle taille », selon Philippe Heusele, président de France export céréales. « La Chine a beaucoup développé ses infra­structures, indique-t-il. Il faut cependant avoir en tête les zones de productions chinoises : blé et maïs à l’extrême nord du pays, et riz dans le sud. S’il le peut, un meunier du sud a davantage intérêt à s’approvisionner sur le marché international par les ports, plutôt que sur le marché intérieur où les prix du blé sont traditionnellement plus élevés que les cours mondiaux, et auxquels il faut ajouter un coût de fret élevé. »

Inscrire les échanges avec la France dans la durée

Sur cette première partie de campagne, 40 % du blé français exporté vers les pays tiers était à destination de la Chine et 95 % des orges. « Selon certaines sources, 2 Mt d’orges françaises pourraient être exportées vers la Chine en 2021-2022 », poursuit Marc Zribi.

La position française reste cependant incertaine dans la durée. « Les chinois sont plutôt intéressés par des blés à fortes teneurs en protéines pour compléter les qualités qui leur manquent », indique Philippe Heusele. La population chinoise s’urbanise et diversifie son alimentation avec des produits plus élaborés (boulangerie, viennoiserie, pâtisserie) : une « carte à jouer » pour France export céréales, qui a entrepris un « travail de fond » en Chine afin de « faire reconnaître les spécificités des blés français. » « La demande en formation des meuniers chinois sur la valorisation de nos blés est forte. Ils ont une méconnaissance des process, des réglages, des recettes, détaille Philippe Heusele. Nous espérons ainsi construire un courant de commerce plus continu et indépendant des variations de marché. »

Justine Papin

La Chine en perte d’autosuffisance

En Chine, « l’alimentation est politique, avec une forte implication du gouvernement et la volonté d’autosuffisance », informe Philippe Heusele, président de France export céréales. D’après lui, cette autonomie alimentaire devrait toutefois se dégrader. « Elle est, tout grain confondu, de l’ordre de 90 %, et est estimée à 80 % dans les années à venir. Cela signifie donc que 10 % de la consommation chinoise entrera dans les échanges mondiaux, ce qui sera forcément très impactant. Un humain sur cinq vit en Chine et un porc sur deux est mangé par les Chinois », analyse-t-il.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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