Cette année encore, la collecte laitière des 28 États membres de l’Union européenne a réagi de manière très disparate aux récents aléas climatiques. D’un côté, les îles britanniques et l’Europe de l’Est ont su tirer leur épingle du jeu. D’après les données de la Commission, l’Irlande a vu ses livraisons bondir de 8 % en cumul entre janvier et septembre par rapport à 2018. Au Royaume-Uni, en Estonie, Pologne, Hongrie et Roumanie, cette hausse se chiffre à 2 %. Du côté de la France (- 0,7 %/2018), de l’Allemagne (- 0,3 %/2018) et des Pays-Bas (- 1,8 %/2018), bassins de production majeurs du continent européen, le bilan est plus mitigé.

« Après avoir été séparée en deux groupes de pays aux évolutions de collecte opposées, l’Union européenne retrouve à l’automne une certaine homogénéité en termes de production laitière », expose l’Institut de l’élevage (Idele). Si les livraisons communautaires 2019 suivent leur niveau de 2018 (voir infographie ci-dessus), l’évolution de la collecte sur le dernier trimestre dépendra notamment de l’amplitude du fléchissement observé outre-Manche depuis le mois de septembre. Le Royaume-Uni et l’Irlande sont, en effet, doublement touchés par un prix du lait qui s’effrite ainsi qu’un fort repli de leurs cheptels laitiers, respectivement de 1,4 % ­e­t 4,6 % sur la première moitié de l’année (données Agreste).

Une France contrastée

Si le dynamisme de la collecte européenne n’est pas flamboyant, Benoît Rouyer, économiste au Cniel, se veut rassurant en rappelant que l’herbe n’est pas plus verte aux États-Unis ni en Nouvelle-Zélande : « Ce fléchissement devrait soutenir les prix sur les prochains mois », affirme-t-il.

En France, les livraisons reprennent des couleurs depuis la fin de l’été (+ 0,9 % en septembre/2018) et ce, malgré un cheptel en recul, « conséquence d’un nombre réduit de génisses qui sont entrées en production depuis juillet », analyse l’Idele. Sur les trois premiers trimestres 2019, l’effectif des génisses de plus de 18 mois est en recul de 5 % et celui des vaches laitières en production de 1,4 %.

Si en 2018, cinq régions affichaient un déficit de production sur un an, la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie (- 5 %) en tête, en 2019 ce sont neuf régions qui sont touchées (voir infographie). À la déprise laitière structurelle, notamment sur les bassins Sud et Sud-Ouest, s’ajoute le contrecoup d’une seconde année de sécheresse.

« Le redressement de la collecte française engagé en août devrait se poursuivre sur la fin de l’année pour au final voir les livraisons 2019 avoisiner celles de 2018 », projette Benoît Rouyer, pour qui les marchés laitiers restent bien orientés.

A. Courty

Sur la fin 2019, l’évolution de la collecte européenne dépendra de l’amplitude du fléchissement observé outre-Manche. © Sébastien Champion