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La Russie ambitieuse pour sa filière laitière

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Stimulée par l’embargo sur les produits européens, la production laitière russe se développe.

La Russie ne figure pas parmi les acteurs laitiers mondiaux de premier plan. Importatrice nette de produits laitiers, elle ambitionne de développer cette filière, et l’embargo russe sur les produits européens pourrait l’y aider. S’il pénalise la population, il a offert l’opportunité aux entreprises de se développer en les protégeant de la concurrence.

« Les produits laitiers font partie des habitudes alimentaires des Russes. Mais les difficultés économiques ont amputé le pouvoir d’achat de la population, qui a réduit sa consommation de 4 % ces trois dernières années, explique Artyom Belov, directeur de Souzmoloko, l’Union nationale des producteurs de lait (1). Ils en mangeaient 185 kg/personne/an en 2016, contre 194 kg en 2013. » Le beurre et les fromages sont les plus touchés. Néanmoins, la filière table sur une croissance de 3 % sur les dix prochaines années grâce à une offre plus abondante, les fabrications indigènes de fromages et de beurre ayant profité de l’embargo pour s’accroître.

Sur la même période, la production de lait s’est accrue de 10 %, à 21 Mt, ce qui place la Russie au cinquième rang mondial après l’UE, les Etats-Unis, l’Inde et la Chine. « La situation a évolué, souligne Artyom Belov. Elle est plus favorable aux éleveurs, avec un prix du lait des plus élevés au monde, à 0,40-0,50 €/l. La rentabilité de la production laitière est bonne, d’autant que le soutien de l’État est important (510 M€ en 2016). » Les pouvoirs publics accordent des subventions, des prêts à taux réduit, des remboursements partiels sur certaines dépenses comme l’achat de bétail. Mais ce soutien diminue, d’où un appel aux investisseurs étrangers.

Vers de grands élevages

Cette hausse est permise par la création de fermes de grande à très grande taille (plus de 1 000 têtes). Les cent plus gros élevages fournissent 14 % du lait russe et le pays compte plus de 20 000 élevages de taille moyenne (400 laitières). L’agrandissement et la modernisation des élevages moyens et l’augmentation de la productivité par vache grâce à la génétique y contribuent.

Cette hausse reste insuffisante et la Russie est tributaire de ses importations, qui fournissent le tiers de ses besoins. Elle achète pour 2 milliards de dollars auprès de ses fournisseurs, principalement la Biélorussie (par laquelle transitent des produits européens…) et la Nouvelle-Zélande.

Elsa Casalegno

(1) Lors d’une conférence au Sommet de l’élevage, le 4 octobre à Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme).

Près de 3,5 millions de vaches laitières (à 60 % de race holstein), d’un niveau de production de 4 500 kg de lait/tête/an, sont détenues par les exploitations « profession-nelles », généralement de grande taille. © Sputnik/AFP
La porte grande ouverte aux investisseurs étrangers

La Russie veut devenir autosuffisante, voire exportatrice en lait. Pour y parvenir, le schéma des grandes fermes industrielles s’est imposé, ce qui nécessite des niveaux de capitaux très élevés. Cet agrandissement a changé la structure des élevages russes, avec 3-4 % qui fournissent 50 % du volume de lait. « L’un des plus gros producteurs est la société russe Ekoniva, qui produit 200 000 t de lait par an et prévoit 60 000 à 100 000 t supplémentaires, soit plus de 10 000 vaches de plus », décrit Artyom Belov. Pour accélérer cette modernisation, les capitaux étrangers sont les bienvenus. « Depuis 3-4 ans, des investisseurs s’intéressent aux filières d’élevage, souligne Artyom Belov. L’un des plus gros est une société singapourienne, Olam International, avec un objectif de plus de 1 Md$. Les acteurs clés du secteur industriel sont déjà présents : Lactalis, Danone, Arla, Pepsico, FrieslandCampina, Nestlé, DMK, le vietnamien TH Milk et le thaïlandais CPF. Sont aussi présents les « nationaux » Rusagro, Damate, JSC Agrocomplex… Mais il y a encore beaucoup de possibilités pour de nouveaux acteurs ! »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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