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Broutards Le marché franco-italien sous tensions

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Le marché européen du jeune bovin, mis à mal par le Covid- 19, plombe les échanges entre la France et l’Italie. Les relations se tendent entre éleveurs et exportateurs.

S’il est un constat irréfutable, c’est que les cours pratiqués de part et d’autre de la frontière transalpine ne satisfont ni les éleveurs naisseurs français, ni les engraisseurs italiens. Les cours des broutards mâles français ont décroché en moyenne de 20 centimes d’euro depuis le début de l’été (2,39 €/kg en charolais U 400-450 kg en semaine 38, 2,40 €/kg en croisé salers-charolais U 300-350 kg en semaine 39), tandis que le jeune bovin (JB) italien perdait en moyenne 15 centimes d’euro sur un an entre septembre 2019 et 2020. Le Berceau des races à viande du Massif central (BRVMC) multiplie les messages d’alerte pour signaler « la détresse des éleveurs fragilisés par une succession de sécheresses » et dénonce « des propos erronés distillés dans les cours de ferme par les opérateurs commerciaux ». Invités à s’expliquer le 31 août à Clermont-Ferrand par le BRVMC et la Fédération nationale bovine (FNB), les quatre principaux opérateurs du marché franco-italien – Eurofeder, Bevimac, Deltagro et Parma France – évoquent quant à eux « les difficultés actuelles d’un marché basé sur l’offre et la demande depuis des décennies. La demande italienne en broutards est morose car les engraisseurs n’arrivent plus à vider leurs ateliers. En cause, un afflux de JB importés sur le marché italien depuis la Pologne, l’Espagne et la France. »

Alors qu’en Italie, le confinement a accéléré les sorties de JB au printemps avec une demande des grandes surfaces accentuée sur la viande italienne, les stocks d’animaux peinent à s’écouler dans plusieurs pays européens. Très orientée à l’export sur les pays tiers, la production espagnole de JB, durement touchée par la crise sanitaire, rentre dans les linéaires italiens. Depuis mars, l’Espagne réoriente d’ailleurs ses achats de broutards français en faveur des veaux laitiers. La Pologne exporte aussi de la viande en Italie. « Les engraisseurs italiens subissent de plein fouet la concurrence des JB étrangers, soulignent les opérateurs commerciaux. Les distri­buteurs ont réorienté leur politique d’achat à la fin du confinement. Les JB polonais s’achètent entre 3,20 € et 3,30 €/kg de carcasse, les Espagnols entre 3,40 et 3,50 €/kg, les Français à 3,65 €/kg contre 3,80 à 3,85 €/kg pour les JB italiens. Cherchez l’erreur ! »

Perspectives incertaines

L’automne s’annonce compliqué, avec des retards d’abattage non résorbés en Italie pour les mâles et une offre croissante en broutards français sur les mois d’octobre et novembre. L’évolution de la crise sanitaire ne permet pas de prévisions fiables de la consommation de viande bovine, en particulier en restauration hors domicile : les baisses de fréquentation touristique continuent à pénaliser l’Italie, la Grèce et l’Espagne.

Monique Roque-Marmeys

Faute d’une demande satisfaisante, les ateliers d’engraissement italiens peinent à se vider. © M. Roque-Marmeys
Les exportations françaises vers les pays tiers en retrait

Selon les douanes françaises, 33 400 broutards ont été exportés vers les pays tiers sur les sept premiers mois de l’année 2020, soit un recul de 18 % par rapport à 2019. L’Algérie reste la première destination avec 26 500 broutards, soit un repli de 23 % par rapport à 2019. L’activité commerciale est restée ralentie durant la première partie de l’été, gênée en partie par le nouveau cahier des charges des broutards vers l’Algérie (un maximum de 450 kg de poids vif et 14 mois d’âge) et les fortes températures. Le marché décroche vers le Maroc (- 82 %) et la Tunisie (- 57 %), où le dinar subit une forte dévaluation. En revanche, 5 000 têtes ont été exportées vers Israël entre janvier et juillet (contre 500 têtes sur la même période en 2019). Mais le reconfinement strict du pays depuis le 18 septembre risque de perturber ce flux.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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