Une journée de transhumance n’est jamais de tout repos. Au Gaec de Conroc, le déplacement des vaches se fait sans grande difficulté, puisqu’environ 900 m de chemin et 70 m d’altitude séparent le site estival de la stabulation.

Quatre personnes mobilisées

C’est pourtant un jour de labeur, puisque les deux robots de traite de la ferme effectuent cette même ascension. « Le déplacement mobilise quatre personnes durant une journée, deux fois par an, si l’été est clément. En cas de sécheresse, on redescend les animaux et les robots en août, pour les monter de nouveau en septembre », précise Vincent Augeyre. Il est associé avec sa femme Laurence et son frère Régis. Ils élèvent ensemble un peu plus de cent montbéliardes à Mur-de-Barrez, dans l’Aveyron, à la frontière du Cantal.

 

Le timon d’attelage est muni d’un vérin hydraulique. Celui-ci aide à lever la remorque, qui est logée en contrebas de l’entrée du bâtiment. © G. Baron
Le timon d’attelage est muni d’un vérin hydraulique. Celui-ci aide à lever la remorque, qui est logée en contrebas de l’entrée du bâtiment. © G. Baron

Lorsque la question de la robotisation s’est posée, l’abandon du pâturage n’a jamais été envisagé. Les éleveurs se sont alors inspirés de la réalisation de la station de la chambre d’agriculture de Bretagne, à Trévarez (Finistère). « Nous avons traversé la France pour aller voir cette installation de nos propres yeux, sourit Régis. Nous avons échangé avec Valérie Brocard, de l’Institut de l’élevage (Idele), qui s’est investie dans cette expérimentation. Cela nous a convaincus. Nous avons franchi le pas en 2016. »

 

Il ne faut pas moins de quatre personnes pour cette transhumance. De gauche à droite : Nathan (fils de Laurence et Vincent), Régis, Vincent et Valentin (salarié du groupement d’employeurs de la coopérative). © G. Baron
Il ne faut pas moins de quatre personnes pour cette transhumance. De gauche à droite : Nathan (fils de Laurence et Vincent), Régis, Vincent et Valentin (salarié du groupement d’employeurs de la coopérative). © G. Baron

 

Une remorque unique

Les associés ont alors pris contact avec différentes marques de robots de traite. « Delaval a tout de suite joué le jeu. Ils ont été les plus réactifs et les plus réceptifs à nos demandes, expose Vincent. C’est eux qui ont déniché et briefé l’entreprise cantalienne Bonifacie. » Cette dernière est spécialisée dans les cabanes à traite mobiles. Elle a fabriqué sur mesure une remorque qui contient les deux robots VMS de chez DeLaval.

L’essieu arrière est piloté hydrauliquement pour orienter les roues et surélever la remorque pour le déplacement. Le local technique, avec les raccords d’eau et d’électricité, est au-dessus. © G. Baron
L’essieu arrière est piloté hydrauliquement pour orienter les roues et surélever la remorque pour le déplacement. Le local technique, avec les raccords d’eau et d’électricité, est au-dessus. © G. Baron

 

Il s’agit d’une imposante structure rectangulaire en Inox de 12,5 m de longueur pour 2,50 m de largeur. À l’arrière, un essieu directeur piloté hydrauliquement soulève et oriente l’impressionnante remorque. Au-dessus de ces équipements pour le transport, un caisson fait office de local électrique. C’est ici que se logent les pompes des machines à traire et que sont raccordés l’eau, l’électricité et le réseau internet.

 

À la ferme ou en estive, les robots de traite doivent être positionnés avec précision. Les barrières d’accès sont arrimées à des poteaux amovibles enfoncés dans le béton. © G. Baron
À la ferme ou en estive, les robots de traite doivent être positionnés avec précision. Les barrières d’accès sont arrimées à des poteaux amovibles enfoncés dans le béton. © G. Baron

À l’avant, le timon est attelé sur les bras inférieurs du tracteur. Un vérin hydraulique accompagne le tracteur pour lever la structure. Un bloc « bureau » est situé dans cette partie de la remorque. Il contient un poste de travail avec un ordinateur pour piloter les robots et utiliser le logiciel de gestion de troupeau.

Placement millimétré

Que ce soit à la ferme ou en estive, la remorque prend place dans un bâtiment. Ces derniers ont été adaptés à l’installation. Le positionnement de cet impressionnant bloc rectangulaire doit être très précis. « C’est au millimètre près », souligne Vincent. En effet, les barrières des robots sont installées sur la structure et sur des poteaux amovibles, enfoncés dans le béton. De plus, les lactoducs sont prévus pour un positionnement chirurgical de la remorque et du tank (lire l’encadré).

 

Le tank est installé sur un châssis roulant. Son essieu est relevable grâce à l’hydraulique. © G. Baron
Le tank est installé sur un châssis roulant. Son essieu est relevable grâce à l’hydraulique. © G. Baron

Par ailleurs, sous chaque stalle se situe un conduit spécialement conçu pour l’occasion. Il débouche sous les caillebotis du bâtiment, pour reverser les effluents de la zone de traite dans les circuits de lisier de chacun des bâtiments.

Structure déséquilibrée

Les quais de traite mesurent 1,10 m. Ils affleurent sur le bord gauche de la remorque. La quasi-totalité de la masse utile de la structure pèse donc sur ce côté-ci. « Il a fallu équilibrer la structure en lestant les zones creuses situées à droite. Du béton a ainsi été coulé dans le faux plafond du bureau et du local technique, détaille Régis. Du sable a aussi été versé dans les montants droits. » L’éleveur estime la masse totale de la remorque à 8 tonnes.

 

La porte de tri suit le troupeau : l’hiver dans la grande stabulation, l’été sur l’estive pâturable. © G. Baron
La porte de tri suit le troupeau : l’hiver dans la grande stabulation, l’été sur l’estive pâturable. © G. Baron

Au vu du gabarit, du poids de la machine et de son équilibre précaire, le déplacement se fait lentement, à une allure de marche. Heureusement, le chemin est carrossable. Il est d’ailleurs emprunté quotidiennement par le camion de la coopérative de Thérondels, dont Vincent est le président. « Dans notre coop, le cahier des charges va plus loin que celui de l’AOP Cantal, expose ce dernier. Nous ne nous autorisons pas de fourrage fermenté. »

La remorque a coûté environ 30 000 € et le surcoût total de la mobilité des robots avoisine les 60 000 €. C’est cependant grâce à cette spécificité que Laurence, Vincent et Régis peuvent nourrir leurs vaches avec du foin séché en grange pendant l’hiver et avec les 40 ha de pâturage estivaux à la belle saison. G. Baron