Enfin une bonne nouvelle. Le prix du GNR a fait le yo-yo tout l’été, atteignant 1,06 €/l HT fin août 2022, en tenant compte de la remise carburant de 15 centimes par litre HT du gouvernement. Les agriculteurs et les entrepreneurs vont pouvoir souffler un peu pour les chantiers d’automne, puisque la ristourne supplémentaire de 30 centimes par litre TTC (25 centimes par litre HT), dont le décret est paru au Journal officiel du 23 août 2022 concerne aussi le GNR.

Ce 12 septembre 2022, le prix moyen HT du GNR était donc repassé sous la barre symbolique de 1 €/l HT, à 0,87 €/l HT en moyenne selon l’observatoire des prix du ministère de la Transition énergétique. Pour les agriculteurs, cette ristourne est transparente puisqu’elle est soustraite de la facture par le fournisseur de carburant. On est certes encore bien loin des 0,37 €/l d’avril 2020, mais ce coup de pouce gouvernemental offre un peu de répit.

L’OPEP réduit la production

Le prix du GNR dépend directement de celui du baril de pétrole. Après une plongée sous la barre des 20 $/baril au tout début de la crise sanitaire, le cours du brent est remonté autour de 80 $/baril en 2021. La guerre en Ukraine a affolé les marchés et provoqué une flambée jusqu’à 120 $/baril en mars puis en juin 2022. Pourtant, depuis le début de l’été, le cours du pétrole ne cesse de baisser, ce qui n’est pas une tendance normale. Mais depuis quelques années, c’est l’économie chinoise qui oriente le marché de l’or noir. Or, l’Empire du milieu est en pleine récession, en raison notamment de sa politique « Zéro Covid » et des confinements à répétition.

Alors que les pays occidentaux appellent les pays exportateurs, et notamment les membres de l’Opep, à ouvrir les vannes et augmenter leur production, ces derniers s’apprêtent à faire exactement  l’inverse, dès le mois d’octobre. Pourquoi ? Parce qu'ils craignent de voir le prix du baril dégringoler avec les perspectives de récession dans les pays occidentaux.

Début septembre, le cartel et ses alliés de l’Opep + (dont la Russie) ont décidé de fermer les vannes et de réduire leur production de 100 000 barils/jour par rapport à l’objectif. Leur but est de maintenir un prix haut, si possible au-dessus de 90 $/baril, quelle que soit la demande chinoise. Les effets sur les prix à la pompe devraient se faire sentir dès le mois d’octobre. La seule annonce de cette décision a d’ailleurs suffi à faire grimper le prix.

Des enjeux géopolitiques

Mais la loi de l’offre et la demande est loin d’être la seule à gouverner le prix du pétrole. « Le pétrole est une matière première à fort contenu diplomatique et militaire, avec une valeur fiscale indéniable et accessoirement un pouvoir calorifique », écrivait André Giraud, alors ministre de  l'Énergie lors du second choc pétrolier. Pour Olivier Appert, conseiller du centre énergie de l’Ifri et membre de l’Académie des technologies, cette citation illustre parfaitement la situation actuelle qui marque un retour en force de la géopolitique de l’énergie. Il rappelle en particulier qu’au-delà des décisions de l’Opep +, l’augmentation de la production n’est pas possible dans certains pays, notamment en raison de contraintes techniques et politiques (Venezuela, Libye, Nigeria..).

Restreint par l’embargo américain, l’Iran est le pays qui dispose du plus gros potentiel d’augmentation de sa production en dehors de l’Arabie saoudite et des Émirats. Mais Téhéran devra d’abord parvenir à un accord sur le nucléaire pour lesquels les États-Unis sont prêts à lâcher du lest afin de faire baisser le prix du pétrole. Une situation qui n’inquiète pas outre mesure les Saoudiens. Le royaume Wahhabite fait la pluie et le beau temps à l’Opep. Il pourrait imposer une réduction de production supplémentaire aux membres du Cartel pour compenser l’arrivée du pétrole iranien sur le marché.

La production américaine à la peine

Premiers producteurs d’or noir avant la crise sanitaire, les États-Unis peinent à relancer leur production de pétrole de schiste. Pour l’UFIP Énergies et Mobilités, le syndicat français des entreprises des énergies fossiles, les États-Unis ne sont pas en mesure de revenir immédiatement sur le devant de la scène pour le moment. De nombreuses entreprises de production du pétrole de schiste et du secteur parapétrolier ont fait faillite en 2020 et de nombreux puits ont été mis à l’arrêt, sans entretien.

La reprise amorcée à l’été 2020 n’est pas aussi rapide que le souhaiterait l’administration américaine car les investisseurs sont frileux. De plus, le contexte politique est nettement moins favorable depuis l’élection de Joe Biden, plus regardant que son prédécesseur Donald Trump sur le respect des normes environnementales. Selon le récent rapport Energy Outlook de BP, qui fait référence dans le domaine des énergies fossiles, les incertitudes sur la production américaine sont telles qu’il lui sera difficile de rejouer le scénario de 2018, quand elle avait provoqué l’effondrement du prix du baril.

Planifier la livraison

À l’échelle de l’exploitation, cela signifie qu’il ne faut pas s’attendre à une baisse du prix du baril et donc de celui du GNR. La ristourne actuelle n’est valable que jusqu’au 31 octobre 2022. Entre le 1er novembre et le 31 décembre 2022, la ristourne passera à 10 centimes par litre TTC, soit 8,33 centimes par litre HT. Ensuite, l’aide dépendra du bon vouloir du gouvernement.

Cette réduction de l’aide tombe au plus mauvais moment puisque le GNR d’hiver, plus fortement additivé, est plus coûteux que celui d’été. Les distributeurs s’inquiètent d’une possible explosion des commandes durant la dernière semaine d’octobre, en particulier dans les régions les plus éloignées des centres de distribution. Selon certains, une pénurie pourrait même toucher certains carburants, dont le GNR. Mieux vaut ne pas attendre le dernier moment pour planifier le passage du livreur de carburant et remplir toutes les cuves et réservoirs!