C’était l’un des sujets majeurs de l’édition de 2022 du salon Agritechnica, qui devait se tenir fin février et qui a finalement été annulé : limiter le matraquage des sols en profondeur.

Un système intégré

Avec le développement des outils de travail du sol lourds embarquant de nombreux organes sur de grandes largeurs, la réduction des fenêtres d’intervention et la multiplication des incidents climatiques, les chantiers à risque pour la structure profonde du sol se multiplient. Plusieurs constructeurs ont développé des solutions pour aider les agriculteurs à identifier les chantiers à risque, voire à corriger les réglages pendant le travail.

 

Les chantiers les plus à risque sont ceux des premiers apports et des passages de distributeur d’engrais, de pulvérisateur et de tonne à lisier en sortie d’hiver. © Kuhn
Les chantiers les plus à risque sont ceux des premiers apports et des passages de distributeur d’engrais, de pulvérisateur et de tonne à lisier en sortie d’hiver. © Kuhn

La solution la plus intégrée est celle du constructeur allemand Claas, qui ajoute un module à sa solution de gestion automatique des réglages Cemos avec le Terranimo. Ce dispositif est conçu pour les tracteurs équipés du télégonflage. Il signale au chauffeur, sur son terminal en cabine, l’importance du risque de matraquage du sol dans les conditions d’utilisation en cours.

 

Pour réaliser ce calcul, Claas utilise un outil de simulation de la charge et de la portance du sol, qu’il alimente avec des informations sur les charges par essieu et la pression des pneumatiques. Le chauffeur peut ainsi adapter ses réglages. Les risques de tassement sont affichés pour trois couches de sol. Le conducteur peut suivre en temps réel l’effet de ses changements de réglage sur le risque de tassement.

 

La solution de Rauch offre une évaluation des risques à la parcelle, en se basant notamment sur les mesures satellitaires Sentinel-1 et les stations météo. © Rauch
La solution de Rauch offre une évaluation des risques à la parcelle, en se basant notamment sur les mesures satellitaires Sentinel-1 et les stations météo. © Rauch

Adapter le premier apport

Le spécialiste du distributeur d’engrais Rauch (appareil commercialisé sous la marque Kuhn en France) s’est associé avec AgriCircle pour proposer TerraService, une application qui calcule à l’avance la praticabilité d’une parcelle, en particulier pour les premiers apports. L’humidité du sol est estimée localement grâce aux mesures satellites Sentinel-1, aux données météo et aux informations sur la structure du sol. Le résultat peut être consulté sur PC ou sur smartphone, de manière spécifique pour chaque cellule d’une grille à quadrillage de 10 m. Le cas échéant, l’utilisateur reçoit un avertissement ou un message si le sol n’est pas praticable ou seulement sous certaines conditions.

 

L’appli TerraService, de Rauch et AgriCircle, cartographie les risques dans la parcelle par carrés de 10 m. Le chauffeur organise ainsi ses passages. © Rauch
L’appli TerraService, de Rauch et AgriCircle, cartographie les risques dans la parcelle par carrés de 10 m. Le chauffeur organise ainsi ses passages. © Rauch

En outre, l’application permet d’optimiser ou de définir l’ordre dans lequel il est possible d’entrer dans chacun des champs, le point d’accès dans les grandes parcelles et l’ordre de travail des passages. Au-delà de la préservation du sol, l’objectif est aussi d’éviter l’enlisement en conditions très limites.

Cartographier les zones à risque

L’entreprise allemande Agtech2030 offre une solution assez similaire à celle de Rauch. Son service fournit à l’agriculteur une carte des zones à risque pour chaque parcelle et l’informe de sa praticabilité avant chaque intervention.

 

L’appli d’Agtech2030 aide le chauffeur à planifier ses entrées dans la parcelle et éventuellement à contourner les zones les plus à risque pour éviter l’enlisement. © Agtech2030
L’appli d’Agtech2030 aide le chauffeur à planifier ses entrées dans la parcelle et éventuellement à contourner les zones les plus à risque pour éviter l’enlisement. © Agtech2030

Le calcul en temps réel et spécifique à la parcelle aide à la planification du travail et permet au chauffeur de la machine de contourner les zones les plus à risque du champ. La simulation intègre, en particulier, le « Field Status », qui recouvre des variables importantes relatives à l’état de la parcelle, comme le mode de travail du sol, la culture implantée ainsi que l’état de la végétation. Ces informations sont consultables sur tablette comme sur smartphone.

L’objectif de toutes ces solutions, qui sont des options payantes dont le prix n’est pas encore communiqué, est de préserver au maximum la structure de sol afin d’éviter des passages de décompacteur après la moisson pour tenter de réparer les dégâts.

Corinne Le Gall