«Ce mercredi 10 février 2021 au matin, plus de 5 cm de neige recouvraient la route. Impossible de prendre mon véhicule pour aller soigner ma vingtaine de patients répartis dans cinq villages au nord de Fougères. Il neige rarement en Bretagne, ma nouvelle voiture n’est donc pas équipée de pneus neige. La veille au soir, en regardant tomber les flocons, je n’étais pas sereine car, au fond de moi, je savais qu’il fallait que le lendemain je fasse ma tournée. Je n’ai pas le choix.

Léonard, mon conjoint, propose de me véhiculer. La région est vallonnée avec de nombreuses forêts, c’est impraticable en auto. La solution la plus sûre reste le tracteur. Après plusieurs coups de fil dans la nuit, mon compagnon finit par en trouver un chez sa cousine, éleveuse de brebis, non loin de chez nous. Salarié chez un paysagiste, Léonard est titulaire du permis requis pour conduire ce type d’engin et il ne travaillait pas en raison des intempéries.

Alors, à 6 h du matin, après une nuit à chercher le sommeil, nous nous élançons pour sillonner la campagne à bord d’un Claas, bien au chaud dans la cabine. Mes deux collègues du cabinet médical se concentrent sur les interventions dans le bourg. Des patients m’ont téléphoné pour me dire de ne pas prendre la route. Mais je sais que les deux prochains jours ne seront pas meilleurs avec les pluies verglaçantes annoncées. Certains soins ne peuvent pas être décalés dans le temps. Je les rassure : « Je ne sais pas à quelle heure je passerai mais j’arriverai… en tracteur ! Une fois la surprise passée, les gens sont tellement heureux qu’ils nous accueillent avec café et petits gâteaux. Dans une famille, les enfants, avertis du passage, nous attendent de pied ferme. C’est la fête !

Les grands axes sont dégagés, mais pas les routes secondaires. Services d’aide à la personne ou de livraison de repas avaient anticipé au maximum compte tenu des prévisions météo. Chacun a dû se prendre en main et se débrouiller. Ce n’est pas normal ! Heureusement que l’on peut encore compter sur la solidarité et se serrer les coudes. Nous, les infirmières, nous sommes habituées à récupérer les médicaments et les pansements auprès des pharmacies pour les distribuer aux personnes isolées. L’entraide n’est pas un vain mot. »

Propos recueillis par Isabelle Lejas