Depuis quand la Chineinvestit-elle hors de ses frontières dans les filières agricoles ?

Jean-Marc Chaumet : Pékin a longtemps maintenu l’objectif de l’autonomie alimentaire. S’agissant du secteur agricole, la politique de sortie de capitaux ne s’est instaurée qu’à partir des années 2000, lors de l’entrée du pays dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La Chine importait alors de plus en plus de denrées alimentaires. Les premiers investissements - réalisés par des entreprises privées comme publiques - se sont opérés dans les productions végétales (caoutchouc, coton, oléagineux, légumes), puis dans les productions animales, notamment le lait, suite au scandale de la mélamine en 2008.

Comment se matérialisent ces investissements ?

J-M.C : Le spectre est très large. Cela concerne évidemment le maillon de la production par l’achat de terres agricoles (lire l’encadré p. 15), d’élevages de bovin lait ou viande en Amérique du Sud et en Nouvelle-Zélande, mais également de laiteries, d’abattoirs, des sociétés de commercialisation des grains ou encore de semenciers (lire l’encadré p. 14) C’est une réelle stratégie de contrôle des filières, de l’amont jusqu’à l’aval.

Doit-on s’en inquiéterà l’échelle françaiseet européenne ?

J-M.C : En Europe, on observe davantage de coopérations et de partenariats que de rachats d’entreprises ou d’exploitations agricoles. Les investisseurs chinois ne viennent pas chercher d’importants volumes, mais des produits haut-de-gamme et un transfert de savoir-faire. D’autant que les autorités chinoises engagent une large réforme de la politique de l’offre alimentaire, en misant sur la montée en gamme. Il y a donc de réelles opportunités pour les acteurs économiques français et européens, notamment dans le secteur des productions animales. Si elles ne sont pas saisies, d’autres acteurs mondiaux s’en chargeront.

L’affaire Synutra pourrait-elle freiner cette dynamique ?

J-M.C : Les difficultés de Synutra en France ont été très peu relayées en Chine. Aucun site internet n’en fait état. Néanmoins, il est certain qu’il y aura un avant et un après. Les acteurs économiques européens, comme chinois, seront à l’évidence beaucoup plus prudents dans leurs politiques de partenariats et d’investissements.