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Les crues, un handicap naturel non compensé

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Extensif © b.lafeuille

Le site inondable des basses vallées angevines reste exclu du zonage ICHN.

Ce 20 avril, une partie des basses vallées angevines est encore sous l’eau. Dès son retrait, des oiseaux, dont certaines espèces en voie de disparition, viendront y nicher. Plus tard seulement, la fauche sera possible.

« Après quatre mois sous l’eau, les dicotylédones auront pris le pas sur les graminées. On risque d’avoir peu de foin en quantité et qualité », anticipe Pascal Poulard, éleveur bovin bio à Briollay (Maine-et-Loire). Associé d’un Gaec qui exploite 220 ha, dont la moitié inondable, il sait pourtant que « le pire serait de reprendre de l’eau alors que l’herbe est prête à récolter, comme c’est arrivé en juin 2016 ». Bien que le foin y soit médiocre, ces prairies sont fauchées plutôt que pâturées, car les crues hivernales détruisent toutes les clôtures.

L’hiver sous l’eau

À côté du cœur de site, recouvert d’eau deux à quatre mois par an, le reste des basses vallées angevines subit des inondations régulières qui durent deux à trois semaines. Les éleveurs doivent s’adapter aux caprices de la nature : « L’an dernier, les vaches étaient descendues le 15 mars, se rappelle Pascal. Cette année, une partie de mes animaux est sortie sur les terres les plus hautes, mais l’autre est encore en stabulation. »

Avec 9 200 ha inondables, les basses vallées angevines - inscrites sur la liste Ramsar des sites d’importance internationale - constituent « l’un des rares sites comportant une telle superficie de prairies naturelles inondables, peut-on lire sur le portail internet EauFrance, service public d’information sur l’eau. L’activité majeure pour le maintien des milieux et des paysages est l’élevage extensif. » Non sans souligner la menace que constitue « la diminution du nombre d’agriculteurs ».

Or, le renouvellement des générations ne va pas de soi sur ces terres difficiles. « Les éleveurs en place sont motivés par la défense du territoire, mais 40 % seront à la retraite d’ici dix ans. Pour permettre la transmission, il faut donner des perspectives aux jeunes », s’inquiète Dominique Lebrun, agriculteur élu à la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire. Des démarches pour valoriser l’élevage local existent, mais elles n’offrent aucune sécurité à moyen terme (lire l’encadré).

La profession agricole voyait le salut dans la révision du zonage ICHN. La majeure partie des basses vallées angevines en était jusqu’à présent exclue, contrairement à d’autres zones du département. « Notre but n’était pas forcément de réintégrer ces surfaces historiquement classées. Nous avons reposé les choses à plat et évalué, dans la région et le département, quels territoires méritent aujourd’hui d’être classés », relate l’élu de la chambre. Les basses vallées angevines ressortent parmi les zones prioritaires.

PBS et rendement blé

Le ministère semble d’abord approuver : jusqu’en février 2018, elles figurent dans le zonage en projet, grâce au critère « Ramsar ». Mais, fin février, l’application de deux filtres sur ce critère, liés à la PBS/ha (1) et au rendement de blé, en exclut la quasi-totalité. Injustifiable, pour Dominique Lebrun. « C’est une petite zone à l’identité très marquée par l’élevage extensif et le caractère inondable. Si on l’isole, sa PBS est largement dans les clous ! Mais elle est calculée à l’échelle d’une Petite région agricole (PRA) qui ne lui ressemble pas, où l’on trouve des céréales et des cultures spécialisées. Et le critère “rendement de blé” n’a pas de sens dans un espace dédié à l’herbe. »

Avec le classement en zone défavorisée, qui ouvrait droit à l’ICHN et à la majoration des aides aux jeunes agriculteurs et aux investissements, il espérait voir s’enclencher « une vraie dynamique de développement du territoire ». À la place, il craint « une restructuration au détriment des secteurs les plus difficiles : ceux qui s’agrandiront se concentreront sur les surfaces faciles à exploiter ».

Vaches contre peupliers

Le cas s’est produit dans les années 1970-1980. Une vague de départs en retraite avait entraîné une forte restructuration et un quasi-abandon des terres inondables. Les propriétaires y ont planté des peupliers, qui ont peu à peu grignoté 3 000 ha. Outre la perte de surface agricole, « le mitage est une contrainte pour le pâturage, car il faut poser des clôtures qui contournent toutes les peupleraies », souligne Pascal Poulard.

La mobilisation de la profession et de la LPO avait permis, dans les années 1990, de stopper cette évolution et d’amorcer une timide reconquête des terres par l’élevage. Alors que l’industrie de la populiculture cherche de nouvelles surfaces, il a « peur que ce travail n’ait servi à rien ».

Le projet français de zonage ICHN étant arrêté, les agriculteurs du Maine-et-Loire se raccrochent à un espoir : « Que Bruxelles nous entende et oblige la France à réintégrer tous les sites Ramsar. »

Bérengère Lafeuille

(1) Production brute standard/ha, sert à caractériser le potentiel économique du territoire.

Des dispositifs insuffisants pour pérenniser l’élevage

Pour valoriser les pratiques des éleveurs, sans qui les milieux naturels se dégraderaient, des dispositifs ont été mis en place il y a plusieurs années, en lien avec la LPO. Près de 200 contrats MAEC ont été souscrits, imposant notamment une fauche tardive (20 à 45 jours après la date optimale). Une marque collective pour la viande « L’éleveur et l’oiseau » a vu le jour et compte une vingtaine d’éleveurs adhérents.

Ces démarches apportent un soutien nécessaire mais insuffisant. Au lieu de compenser les contraintes naturelles initiales, les MAEC ne rémunèrent que des exigences supplémentaires. Elles sont ciblées sur la fauche, mais il existe peu de soutien au pâturage. Et les cartes sont rebattues tous les cinq ans. Depuis 2015, les retards de paiements, l’absence d’ATR pour certains éleveurs et l’inéligibilité signifiée à d’autres au bout de trois ans sont des facteurs de démotivation. Quant à la marque collective, les débouchés restent locaux en raison du manque de notoriété du site. Et les négociations commerciales, toujours ardues, n’offrent aucune garantie de volume ni de prix à moyen terme.

Le site

9 200 ha de champs d’expansion des crues recevant les eaux de la Mayenne, du Loir et de la Sarthe.

6 735 ha répertoriés comme site Ramsar.

180 éleveurs de bovins allaitants (60 %) ou laitiers (40 %), ayant 10 à 80 % de surfaces inondables.

Plusieurs espèces d’oiseaux emblématiques, dont le râle des genêts, sont en voie de disparition.

Inondations. Les crues hivernales peuvent durer jusqu’en avril, mais ce sont les épisodes tardifs, en juin, que redoutent surtout Pascal Poulard (à g.) et Dominique Lebrun. © b.lafeuille
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Cet article est paru dans La France Agricole

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