« Cette année,  j’ai été obligé de resemer 33 hectares de maïs, dont 7 ha deux fois », explique Serge Bouvier, producteur de 230 hectares de céréales à La Verpillière, dans le nord de l’Isère. « Chaque printemps, c’est le même scénario : nos champs se font envahir par une multitude de corbeaux freux et corneilles noires. Ils mangent les graines dès le semis, jusqu’au stade 4-5 feuilles. » Serge estime à plus de 4 500 euros les dégâts occasionnés par les corvidés en 2019, malgré trois cents individus tirés ou piégés.

Tirs individuels et piégeage

Depuis 2003, le céréalier lutte sans répit contre ce fléau : piégeur agréé, il est chasseur et garde-chasse dans sa commune. À ses côtés, onze personnes adhèrent à l’ACCA (1). Bénévoles, ils sont impliqués dans la régulation des corbeaux, via des tirs depuis des affûts, ou par piégeage. « En partenariat avec la fédération départementale de chasse de l’Isère, nous avons acheté trois cages, et j’en ai fabriqué une sur roue, de 2,5 m³ », indique-t-il. Quant aux tirs, ils sont possibles jusqu’au 31 mai, par arrêté préfectoral.

Serge juge ces moyens insuffisants : « Les oiseaux se sont installés pour nicher dans les bois, au-dessus de la gare de La Verpillière. Il est impossible de les déloger, puisqu’il est désormais interdit de détruire les nids dans les arbres. » Autre aberration, selon lui : l’arrêt, en avril 2019, de l’utilisation de semences traitées au thirame, un fongicide à large spectre, efficace à 100 % contre les corvidés. « Les corbeaux freux et corneilles noires sont classés comme espèces “susceptibles d’occasionner des dégâts”. Pour renouveler ce classement, il est nécessaire que les agriculteurs et toutes les personnes concernées déclarent leurs pertes, même si celles-ci ne sont pas indemnisables. Il ne faut, en aucun cas, relâcher le combat. »

À La Verpillière, une entreprise pharmaceutique, également touchée par ce problème, a demandé des autorisations de piégeage pour la destruction des oiseaux.

Camille Penet

(1) Association communale de chasse agréée.