Dans la vallée du Tescou (Tarn), où le projet de création de retenue d’eau de Sivens a été annulé par décret préfectoral, en décembre, la situation des agriculteurs est à nouveau tendue.

Depuis le 19 juillet, un arrêté impose une restriction de 50 % des prélèvements sur le cours d’eau, sauf pour le maraîchage. Tout pompage est interdit trois jours et demi par semaine. L’an dernier, les experts mandatés par la ministre de l’Écologie avaient proposé de mobiliser les lacs collinaires existant chez les agriculteurs afin que ces derniers revendent de l’eau à leurs voisins. Cette proposition ne s'est pas concrétisée : l’été ayant été chaud, les heureux propriétaires de retenues ont eu besoin de l’eau pour leurs propres productions. Aujourd’hui, ces projets de « partage » semblent enterrés.

Nouvel état d’esprit

Les autres producteurs, ceux qui ont cruellement besoin d’irriguer pour que leur exploitation survive, sont revenus à la case départ. Pourtant, les choses évoluent, comme le montre un audit territorial, réalisé chez cinquante-sept habitants de la vallée, et présenté début juillet par le préfet du Tarn. Les anciens opposants à la création de la retenue concèdent aujourd’hui que l’agriculture présente est bien le fait de fermes familiales, dont beaucoup commercialisent leurs produits localement, et non de grosses exploitations aux pratiques intensives. Mais de là à reconnaître qu’elles ont besoin d’eau, le pas n’est pas encore franchi.

Une lueur d’espoir persiste cependant. Car si le tribunal administratif de Toulouse a prononcé, début juillet, l’annulation de trois arrêtés relatifs à l’ancien projet, le protocole d’accord transactionnel entre l’État et le département pour créer une autre retenue, a été maintenu. En septembre, les acteurs locaux plancheront sur un nouveau projet de lac avec, à l’esprit, ce qui s’est fait il y a des années dans les vallées voisines. Le lac du Gouyre (photo), créé en 1989 par un barrage sur la rivière du même nom, est à la fois une réserve d’eau pour l’agriculture et un site ornithologique aménagé pour observer les oiseaux, les zones humides, les arbres, et pour pêcher. Un exemple que personne ne conteste aujourd’hui.

Florence Jacquemoud