«Tout est à construire », lance Arnaud Montagnet. Ce céréalier d’Issoudun (In­dre) et onze autres agriculteurs ont décidé de diversifier ensemble leur assolement. Ils ont créé le GIE (1) des plaines berrychonnes en 2021. « Les aléas climatiques nous poussent à remettre en cause nos pratiques. Et la crise des approvisionnements fait peur. Ces deux facteurs nous incitent à relocaliser nos débouchés avec des cultures de niche », précise Arnaud, le président du GIE.

Dans ces plaines où le trio blé, orge, colza est roi, l’initiative détonne. Elle a été initiée par un accompagnement du Civam (2) sur la diversification en 2018. Après deux ans d’étude, les douze agriculteurs se structurent en GIE. Chacun trouve son rôle au sein des commissions : technique, commercialisation, logistique, communication ou administration. Une seule exploitation possède l’irrigation et le groupe vise plutôt des cultures comme la cameline, le pois, le quinoa, la lentille ou les plantes médicinales. En 2021, Arnaud et ses collègues implantent 130 ha de lin jaune… Sans débouché assuré ! « Nous expérimentons une première année et nous affinons la variété et le cahier des charges l’année suivante », indique-t-il.

Commercialisation

Les membres de la commission commercialisation cherchent alors des partenaires dans l’industrie agroalimentaire, en direct, sans passer par des organismes stockeurs. « Sur le marché standard, c’est le monde qui nous dirige. Là, c’est nous qui y allons », souligne Édouard Millier, céréalier à Guilly (Indre). Finalement, un industriel s’est intéressé à cette culture et en trois semaines, les céréaliers contractualisent leur première récolte. « À douze exploitations, cela assure un minimum de quantité pour des industriels », renchérit Marine Déon, agricultrice à Saint-
Valentin, au nord de Châteauroux. Le souci, c’est le stockage. Peu de fermes sont équipées et la logistique entre les douze sites, basés dans un rayon de 25 km, est compliquée. « Notre premier investissement sera sûrement un stockage­ en commun. Cela nous permettra d’obtenir l’agrément pour devenir organisme stockeur », précise Arnaud, qui réfléchit aussi à investir dans une presse à huile. A. Richard

(1) Groupement d’intérêt économique.

(2) Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural.