Pourquoi eux ? Cette question taraude les onze éleveurs perquisitionnés le 24 mai. À 7 h 15, Michel Mollard, en montagne avec ses brebis, a été sommé de redescendre par un coup de fil de la gendarmerie. À Saint-André, en Savoie, devant son exploitation, attendaient deux gendarmes et deux agents de l’OFB (1) avec armes et gilets pare-balles, accompagnés d’un garde du parc et d’un expert des phytos.

 

À lire aussi : L’angoisse gagne les éleveurs et bergers victimes de la prédation (16/06/2022)

Onze perquisitions

Ce comité d’accueil recherchait le produit à l’origine de l’empoisonnement de plusieurs animaux sauvages du parc de la Vanoise, au printemps 2021. « Ils sont restés plus d’une heure à fouiller les bâtiments, le tunnel, le poulailler et les voitures, puis m’ont fait signer le PV avant de repartir », raconte Michel Mollard. Au même moment, dix autres perquisitions étaient en cours. Uniquement chez des éleveurs ovins.

 

« Pourtant, l’empoisonnement peut être l’œuvre de n’importe qui, reprend-il. Tout le monde est excédé par le loup ! » Et d’ironiser, un brin provocateur : « On ne peut même pas féliciter l’empoisonneur, car on ne sait pas qui c’est ! »

Confiance entamée

Même colère et incompréhension chez Muriel Fressard, installée depuis trois ans en ovins bio à Aussois. Sur les sept éleveurs de la commune, seuls trois ont été fouillés. « Les gendarmes ont évoqué une liste donnée par la procureure, mais ils ont gardé le silence quand j’ai demandé si on avait été tirés au sort, relate-t-elle. Quelqu’un a donné nos noms, c’est choquant. » Autre chose l’a déçue : « Alors que tout se sait très vite dans les villages, aucun élu n’a pris de nos nouvelles. »

 

L’importance des moyens mobilisés (une cinquantaine de personnes déployées simultanément) et l’attitude des agents, « la main sur le pistolet », a donné aux éleveurs l’impression d’être pris pour des malfrats. Les relations avec l’OFB étaient déjà tendues, notamment à cause du loup. « Avec les gardes du parc, cela se passait bien, mais la confiance est maintenant entamée », regrette Michel Mollard.

 

À lire aussi : Des attaques de loups dans près d’un département sur deux (14/06/2022)

 

Tout le monde étant reparti bredouille, l’affaire est classée sans suite. « On nous dit qu’au moins nous sommes blanchis, mais nous n’avions pas à être soupçonnés, tempête l’éleveur. Nos noms apparaissent dans un dossier alors qu’on n’a rien fait. »

Bérengère Lafeuille

(1) Office français de la biodiversité.