«Les émissions d’ammoniac dans l’air sont issues à 95 % de l’élevage et sont notamment liées au stockage des effluents et à l’épandage. Pour la première fois, on va mesurer l’impact des bonnes pratiques sur la qualité de l’air. Jusqu’alors, on se basait sur des estimations générales en fonction du nombre d’élevages », a expliqué Edwige Kerboriou, élue de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne (Crab) lors du lancement du projet, le 30 mai dans le Finistère.

Dénommé ABAA (1), ce projet, commencé en 2021 et qui va se poursuivre jusqu’en 2025, est porté par la Crab et l’association Air Breizh. Il vise à réduire les émissions d’ammoniac d’origine agricole en Bretagne. La première phase démarre avec la constitution d’un groupe d’agriculteurs sur le territoire du pays de Brest. Pour l’instant, 15 sont volontaires (objectif de monter à 30), 6 Cuma et 2 ETA.

Julien Hindré est l’un d’eux. Installé à Plouzané (Finistère), il est à la tête d’une exploitation laitière de 100 vaches sur 100 ha. « Le territoire a été choisi car nous sommes bien dotés en matériels d’épandage moins émissifs (rampes à pendillards, enfouisseurs…) grâce à nos Cuma ou ETA, indique-t-il. Au départ, nous nous sommes équipés pour diminuer les odeurs et éviter les problèmes de voisinage. Nous nous sommes vite rendu compte que nos rendements étaient meilleurs en enfouissant. Mais on ne sait pas dans quelle mesure ils permettent de réduire les émissions. »

Capteurs de qualité d’air

« Grâce à cette expérimentation, nous allons construire une grille d’évaluation des matériels agricoles pour éclairer sur le choix des investissements en les testant dans différentes conditions (sol sec, résidus de cultures…) », détaille Anne Guézengar, agronome à la Crab. Des capteurs seront installés dans des zones resserrées (deux kilomètres) pour mesurer les émissions.

De leur côté, les agriculteurs notifieront tous leurs épandages. Un outil d’aide à la décision (OAD) est aussi en cours de développement (lire l’encadré ci-contre). Une application proposera des alertes en cas de pics de pollution. « Nous travaillerons sur des itinéraires techniques, toutefois en gardant le cap de la faisabilité technique et économique », précise l’agronome. L’objectif : tirer profit de l’expérience de ce groupe pilote pour ensuite diffuser au plus grand nombre.Isabelle Lejas

(1) Ammoniac Brittany Air Ambiant.