Avec 100 % de taux de renouvellement de leurs exploitations, le Doubs et le Jura font des envieux. L’évolution spectaculaire de la filière du comté AOP en est la cause principale.

Collectivement, les 2 400 producteurs de lait propriétaires des 140 fruitières, les fromagers et les 14 maisons d’affinage ont construit un modèle économique vertueux, autour d’un cahier des charges rigoureux (à nouveau en cours de révision (1)) et d’un partage de la valeur ajoutée. Contrairement à la logique Egalim, le prix du lait est fixé à partir de la valeur des comtés blancs (non affinés) mis en marché par les affineurs. Ce système a été organisé sans l’intervention des pouvoirs publics.

Prix rémunérateur

Alors que la filière a traversé jusqu’en 1991 des crises à répétition, elle connaît aujourd’hui une réussite économique et sociale avec un prix du lait rémunérateur (supérieur en moyenne à 600 € les 1 000 l en 2021), ainsi que des investissements conséquents dans les exploitations et les outils de transformation. Pour célébrer la sortie de deux années de crise sanitaire durant laquelle la filière du comté a réussi à tirer son épingle du jeu (+ 4,6 % de ventes en 2021 par rapport à 2020), mais aussi pour communiquer avec ses voisins, elle a organisé des portes ouvertes. Du 5 au 8 mai, 150 événements ont été organisés sur 75 sites : visites d’exploitation, de fromageries, de caves d’affinage, ateliers culinaires et pédagogiques, balades botaniques, soirées fondue, ou randonnées d’une ferme à la fruitière.

Cette initiative, une première pour la filière, est de nature à renforcer encore un peu plus la cohésion des acteurs du comté, alors que de nouveaux défis se profilent pour la première AOP fromagère française (70 000 t) : climatiques, environnementaux, organisationnels (recrutement de la main-d’œuvre à la frontière franco-suisse difficile) et économiques. Une question se pose : comment continuer à se développer en dégageant de la valeur ajoutée sans se heurter aux limites des portefeuilles des consommateurs ?Anne Bréhier

(1) Il s’agit de renforcer l’autonomie des élevages en limitant encore la productivité par animal et à la surface.