Le 3 novembre 2021, au matin, Patrick Lebreux, éleveur dans les plaines du Nord-Isère, découvrait dans son champ une tête et une épaule de veau sanguinolentes. « Un veau qui venait de naître s’était fait dévorer à 30 mètres d’une maison, raconte-t-il. Pendant des jours, je n’ai pensé qu’à ça… Ça vous use à petit feu. »

 

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Le début d’une série

La mère du veau a fait de l’eczéma et une autre vache a avorté peu après l’attaque. Une indemnisation de 200 euros est promise à l’éleveur. Avec ses voisins, il a obtenu l’autorisation de procéder à des tirs de défense. Lui est sûr que la série d’attaques ne fait que commencer. La courbe de la prédation sur bovins, qui augmente depuis dix ans, lui donne raison.

 

La Savoie et l’Isère tiennent la tête de cette triste course. En Savoie, 59 attaques et 95 victimes ont été officiellement constatées en 2021. C’est deux fois plus qu’en 2020. En Isère, les 61 bovins dévorés représentent déjà 17 % des victimes du loup. « Cela concerne presque autant d’adultes que de veaux », précise la FDSEA.

Tirs de défense

Le 25 janvier, dans le cadre du plan national loup, se réunissait pour la première fois un groupe de travail dédié aux bovins. Ces derniers étant jugés « non protégeables », leurs éleveurs peuvent être indemnisés en cas d’attaque, sans avoir mis en place de moyens de protection.

 

En revanche, ils n’ont pas droit aux tirs de défense avant d’avoir été attaqués. Or, d’après la DDT de l’Isère, la caractérisation des attaques de loup contre les bovins est compliquée, donnant lieu à de nombreux constats de « mortalité pour cause indéterminée ». Et l’impact du prédateur ne se compte pas qu’en victimes dévorées : l’agitation des vaches est source d’accidents régulièrement reportés à l’Administration.

 

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La grille d’indemnisation doit être retravaillée avec la profession agricole pour mieux coller aux pertes réellement subies. Quant à mieux protéger les élevages, l’argent manque. Avec « seulement » 6 % des attaques et 2,5 % des victimes au plan national, loin derrière les ovins, les bovins ne semblent pas prioritaires.

Bérengère Lafeuille