« Tout n’est pas encore réglé », confie Georges Giordano, éleveur de brebis laitières, avec Céline, son épouse, dans la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, meurtrie par le passage de la tempête Alex, le 2 octobre 2020. Les travaux de reconstruction des routes, permettant d’accéder au hameau de Casterino où leur troupeau de 170 brebis pâture au printemps et à l’automne, sont loin d’être achevés.

« À dos d’âne »

« Au mois de mai, on s’en est sorti en faisant tout à pied, précise Georges Giordano. Depuis notre quartier d’estive, nous acheminions nos fromages à dos d’âne, deux fois par semaine, jusqu’au hameau de Casterino où ma mère les réceptionnait pour aller les vendre sur le marché de Tende. Cela nous prenait toute la journée. »

 

Habituellement, ils effectuaient ce trajet en voiture en une heure trente. Qu’en sera-t-il l’an prochain ? « Nous ne savons pas si nous pourrons parvenir au hameau, même à pied. Avec les travaux, tout risque d’être coupé », s’inquiète-t-il.

 

De plus, les difficultés ne s’arrêtent pas là. « Nous déménageons cinq fois par an pour faire pâturer nos brebis sur différents sites, poursuit Georges Giordano. Elles sont à l’extérieur onze mois sur douze. Comme les pistes ont disparu à cause de la tempête, l’accès aux parcours est compliqué. »

 

« C’est aussi un vrai casse-tête pour le ravitaillement des animaux, les vivres pour la famille, le transport et la vente des fromages… La surcharge de travail est énorme », poursuit-il. La vie de famille est aussi affectée. À la rentrée, il n’y avait plus de route pour conduire les quatre enfants du jeune couple à l’école.

Des éleveurs en sursis

« Des travaux il y en a, admet Georges. Mais ils visent surtout à rétablir les voies empruntées par les touristes, alors qu’il y a urgence à remettre en service les accès pour ceux qui vivent ici à l’année. »

 

D’après le Cerpam des Alpes-Maritimes qui a réalisé un recensement des dégâts pastoraux après les inondations, les éleveurs sinistrés se trouvent dans des situations délicates. « Les paysages ont changé, indique Marie Gontier, ingénieur pastoraliste. Il y a eu des effondrements de terrain, des arbres décimés. Des sources ont disparu… »

 

« Résultat, les animaux n’ont plus accès à certaines portions de pâturage. Les prairies situées au bord des rivières ont été détruites sous la force de l’eau, et elles ne peuvent plus être fauchées. »

À ce jour, aucun éleveur n’a abandonné l’activité. Cependant, certains d’entre eux sont en sursis.

Chantal Sarrazin