Depuis 2016, une partie de son cœur bat au Tchad, dans la région de Mandoul. Laurence Nourtier y a initié un partenariat avec des productrices de karité. Sur sa ferme de grandes cultures à Monneville, dans l’Oise, elle pense souvent à ces paysannes qui transforment les noix de cet arbre en savon et en crème.

Des échanges très riches

Collaborer avec des groupes de femmes africaines était une évidence pour cette cultivatrice dynamique que rien n’arrête. « Très motivées, ces villageoises font tout pour développer leur communauté : école, santé, solidarité… », explique-t-elle. La partie n’était pourtant pas gagnée. À l’Afdi (1) Hauts-de-France, dont elle est secrétaire, aucun projet ne s’adressait à un public uniquement féminin. De plus, le Tchad reste peu sécurisé. « Ce n’est pas une raison pour ne pas aider celles qui en ont le plus besoin », rétorque la bénévole, qui a réussi à convaincre ses collègues grâce à sa détermination et son courage.

L’Afrique l’a toujours attirée. Petite, Laurence souhaitait devenir « vétérinaire des lions », comme le docteur Tracy dans la série télévisée Daktari. Mais elle se dirige vers l’agriculture. « Je me sens bien dans les champs. J’aime travailler la terre », reconnaît-elle, préférant le grand air et les travaux manuels aux tâches administratives. L’agricultrice s’associe d’abord avec son père, puis avec son mari. « Quatre enfants, la ferme, une entreprise de travaux agricoles, nous avions la tête dans le guidon », évoque-t-elle. Puis, le décès de sa fille âgée de dix-sept ans l’anéantit. « Mon époux m’a proposé de partir au Burkina Faso pour une mission d’Afdi. “C’est ton rêve” », a-t-il insisté.

« Mes priorités ont changé au contact des femmes africaines. »

Là-bas, dans un dénuement total, au milieu des femmes, là où la mort emporte souvent des enfants, elle partage sa douleur et se ressource. La richesse de ces liens l’incite à s’investir progressivement dans l’association interpaysanne, d’abord en France, puis au Tchad. « Les femmes africaines m’ont guérie, confie-t-elle. Je suis heureuse d’apporter ma contribution. »

En cinq ans, Laurence a réalisé trois missions d’une quinzaine de jours et reçu deux délégations tchadiennes. Elle part, en général, avec un agriculteur français et un animateur. Dans ce pays, elle rencontre les chefs de village dans la brousse et échange avec les productrices pour les aider à réaliser leur projet.

L’Afdi soutient le renforcement des compétences des leaders paysannes en apportant son appui à la commercialisation et à la formation technique pour produire et transformer le karité. Depuis l’Oise, Laurence consacre près d’une demi-journée par semaine à ce partenariat. « Je me sens utile, dit-elle. Je m’ouvre à d’autres manières de voir la vie et j’apprends beaucoup. »

Par ailleurs, d’autres besoins émergent, comme l’alphabétisation ou la plantation de vergers pour du bois. Cette femme de soixante et un ans apprécie également de coordonner des actions avec d’autres associations. « J’ai même rencontré le ministre de l’Éducation tchadien pour défendre un programme », déclare-t-elle.

Marie-Pierre Crosnier

(1) Agriculteurs français et développement international.