À la fin de mars, Maxime Daniel s’est remis à rouler mais, cette fois, il a remplacé son deux-roues par le tracteur et le rouleau. Sa dernière saison comme cycliste professionnel s’est terminée à la fin de 2019. Depuis, il s’est installé en reprenant des terres à Saint-Maugan, en Ille-et-Vilaine. À terme, il exploitera une centaine d’hectares.

Terre de vélo

Fils d’éleveurs de vaches et de chèvres laitières, il baigne dans le milieu agricole depuis tout petit. Dans la famille Daniel, une autre passion se transmet de génération en génération : le vélo. « Chaque été, nous regardions le Tour de France à la télé. Les étapes de montagne ont aussi été l’occasion de vacances familiales », raconte le jeune homme de 29 ans. Grands-parents, parents, enfants sont de toutes les courses cyclistes locales, sur cette terre de vélo située à quelques kilomètres de Saint-Méen-le-Grand, fief de Louison Bobet.

À 13 ans, Maxime prend sa première licence à l’Étoile cycliste rennaise, entraîné par son père Bernard, qui a déjà une expérience de onze ans en première catégorie (plus haut niveau amateur). Un ancien coéquipier de ce dernier, Joël Haloche, le prend sous son aile. Volontaire, le jeune cycliste montre qu’il a du potentiel. Il gagne de belles courses en espoir. En janvier 2013, il signe son premier contrat professionnel avec l’équipe Sojasun. Une marque qui a une résonance particulière pour la famille Daniel, puisque Bernard est le premier producteur à intégrer la laiterie familiale Triballat (créateur de cette marque) lorsque l’entreprise s’est lancée dans la transformation de lait de chèvre. Bon élève, Maxime suit en parallèle des études agricoles : bac STAV, BTS Acse. « Je n’ai pas pu terminer mon BTS car, dans l’enseignement agricole, les horaires n’étaient pas aménagés pour les sportifs de haut niveau », regrette-t-il.

« Agriculteur comme cycliste, il faut travailler dur avant de récolter le fruit de son travail. »

Il enchaîne les courses (Tour de Bretagne, des Flandres, du Portugal…), les équipes (AG2R La Mondiale, Fortunéo-Oscaro, Arkéa-Samsic) avec des coéquipiers comme Jean-Christophe­ Péraud ou Romain Bardet. Une vie à cent à l’heure. « On pouvait démarrer la saison en Argentine, passer par l’Australie, et terminer par Pékin en novembre », détaille le sportif, qui a aussi sillonné presque tous les pays d’Europe. Sa participation à cinq Paris-Roubaix, malgré l’exigence physique, reste sa plus belle expérience. « C’est la course qui me faisait le plus rêver. »

Dès qu’il peut, il vient se ressourcer sur ses terres. Une certaine lassitude, conjuguée à l’opportunité de reprendre des parcelles jadis exploitées par son grand-père, joue comme un déclencheur. Il revient à ses racines. Agriculture et cyclisme, deux mondes pas si différents. « Il faut se battre, travailler dur avant de récolter le fruit de son travail », conclut-il.

Isabelle Lejas