Les mains de Gabriel Willem façonnent, tantôt des notes au piano, tantôt des bottes de légumes. Ce nouveau tempo, ce musicien l’a adopté en se lançant dans le maraîchage, à Herrlisheim-près-Colmar, dans le Haut-Rhin. L’homme de trente-trois ans se décrit d’ailleurs comme « musicien maraîcher ».

« Les deux activités m’apportent un équilibre », apprécie le pianiste au regard clair. Ce natif de Herrlisheim-près-Colmar a fait ses gammes au clavier dès l’âge de cinq ans. « Je ne suis pas issu du milieu agricole, ni de près, ni de loin », précise-t-il. À dix-huit ans, Gabriel quitte l’Alsace pour Paris, où il monte sur les planches au Cours Simon. Durant dix ans, il vit du théâtre et du piano. Cet ex-membre du groupe Audriel a, à son actif, trois albums et six cents concerts donnés en France et dans les pays francophones. « Il y a six ans, je suis revenu ici pour des raisons familiales, raconte Gabriel. J’étais devenu père – ma fille a huit ans –, donc je me suis d’abord mis au jardin, pour lui proposer une autre nourriture. » Puis, devant une annonce proposant des terres à louer dans la commune, le jardinier en herbe décide en 2013 de plonger plus profond ses mains dans la terre.

Au diapason des saisons

Dès le départ, ce passionné de musique sait qu’il gardera celle-ci au centre de sa vie, et même de son projet. Avec sa compagne et l’aide de son père, il réalise en 2017 sa deuxième saison de production maraîchère bio, et compte « sortir un salaire d’ici un à deux ans ». Au diapason des saisons, Gabriel donne dorénavant des concerts estivaux dans son champ de production (lire encadré). L’adepte de l’improvisation musicale profite du creux de l’hiver pour « partir en tournée avec son piano à queue ». Et, toute l’année, il dispense des cours de piano, organise des stages musicaux, travaille dans le studio d’enregistrement qu’il a aménagé chez lui.

Mais ne dites pas à Gabriel qu’il mène deux vies. Pour lui, il y a une harmonie entre ces deux activités. « Maraîchage et musique font appel à de la créativité, nécessaire à la construction de cette serre sur roulettes, par exemple, ajoute-t-il. Alors que d’ordinaire, je dois me délier les doigts avant de me mettre au piano, après des travaux de maraîchage, c’est inutile : cela va tout seul pour jouer ! »

Catherine Regnard