Des heures durant, l’homme raconte ses exploits : les cascades à Nice sur la Promenade des Anglais, à Paris sur les Champs-Élysées, sur le circuit de Montlhéry… Michel Signoret, 64 ans, a des souvenirs plein la tête. Ce cascadeur automobile a participé à des spectacles professionnels, et a même battu des records. Installé en polycultures sur 200 ha aux Mées (Alpes-de-Haute-Provence), il s’est décidé très jeune à « faire le paysan ». Son père lui promet une moto s’il décroche le brevet des collèges. Motivé, il obtient son diplôme et devient l’un des rares ados de son village à rouler à moto à la fin des années 1960.

Avec son ami René Latil, rencontré au lycée agricole, il assiste un jour au spectacle de sauts à moto d’Alain Prieur, cascadeur à Forcalquier. Les deux copains sont fascinés : « Nous voulions à tout prix entrer dans son équipe ». Michel fabrique une rampe de lancement, qu’il installe sur le chemin qui monte au hameau des Pourcelles où il vit. L’adolescent s’élance dessus à bord d’une Peugeot 403. Basculé sur le côté, il roule en équilibre sur deux roues.

Quatre shows par an

Les années passant, les deux amis améliorent leurs performances malgré la désapprobation paternelle. René monte debout sur la voiture puis fait le poirier… « Un attroupement de spectateurs se formait en bord de route. Ce que nous faisions n’était pas à la portée de tout le monde. » Alain Prieur, qui cherche à étoffer son show, intègre les deux compères dans ses spectacles. « Il est devenu notre ami, et a illuminé notre jeunesse », se souvient Cécile, la compagne de Michel qui a suivi toutes ses prouesses.

Invité sur le circuit automobile du Castellet en 1978, le trio fait son numéro avant le départ des Formule 1 : « J’avais le trac…, se souvient l’acrobate. Puis je me suis lancé, penché à bord de ma Ford Escort. » L’équipe sera ensuite sponsorisée par Paul Ricard et s’entraînera à rester sur deux roues le plus longtemps possible. Le pilote n’en délaisse pas pour autant l’exploitation familiale, mène ses cultures et participe à quatre shows par an. Ces années d’aventure s’achèvent tristement, quand le 4 juin 1991 Alain Prieur disparaît lors d’une ultime cascade aérienne en planeur. Ses compagnons ne l’oublieront jamais.

Alexie Valois