Une étude d’Eurostat (1) de mars 2018 plaçait le prix de la terre libre en France dans la moyenne basse de l’Union européenne. Avec 6 060 €, la valeur moyenne d’un hectare de l’Hexagone était bien loin de celle de la majorité de nos voisins européens. La palme revenant aux Pays-Bas et ses 63 000 € par hectare. Un constat que l’on observe également lorsqu’on compare les montants des fermages entre les Etats-membres. Pour les Safer, les différences des prix de vente s’expliquent en partie par les politiques publiques mises en œuvre. Rien d’étonnant compte tenu de la mission de régulation des marchés fonciers que leur a octroyé le législateur français. Une position également confirmée par Frédéric Courleux, directeur des études d’Agricultures Stratégies et auteur d’un rapport publié en novembre dernier sur la régulation des marchés fonciers agricoles (2). « La politique foncière française n’a pas figé la taille des fermes » comme certains peuvent le lui reprocher, selon lui. « On peut dire qu’elle a accompagné une évolution structurelle qui a amené les exploitations à une taille suffisante pour mobiliser les techniques appropriées à un usage efficace des facteurs de production, écrit l’auteur. L’agriculture est le secteur qui a connu l’augmentation de la productivité du travail parmi les plus conséquentes en France depuis le milieu du siècle dernier. » Le statut du fermage est également salué. « Sur le seul registre de la compétitivité, c’est-à-dire la capacité à développer ou à maintenir des parts de marché, il apparaît que la politique foncière agricole française est un facteur positif via le contrôle des loyers qu’elle opère. » Cet encadrement a permis « aux agriculteurs de conserver la majeure partie du fruit des gains de productivité » réalisés depuis sa mise en place en 1946. Frédéric Courleux est en revanche beaucoup plus critique concernant la politique européenne. « C’est bien du côté de l’évolution de la Pac qu’il faut voir les difficultés rencontrées par de nombreuses filières agricoles et non d’une prétendue petitesse des fermes françaises. » L’expert estime que « L’Union européenne se trouve aujourd’hui à contre-courant des autres nations qui renforcent leurs politiques agricoles pour protéger leurs producteurs et leurs consommateurs contre des prix internationaux alternant courts épisodes de tensions […] et larges phases de déprimes. »

(1) Office de la statistique de l’Union européenne. (2) « Réguler les marchés fonciers agricoles : les principaux arguments économiques », novembre 2019, Agriculture Stratégies.