Ce vendredi 13, Élodie Bonnemaison s’en souviendra. « Ce matin-là, les camions qui étaient partis la veille pour livrer les cantines sont rentrés aussi pleins qu’ils étaient partis, raconte la gérante de la SCIC (1) Terra Alter, à Marciac (Gers), qui écoule habituellement presque deux tiers de ses volumes dans la restauration collective. J’ai aussitôt fait appel à la grande distribution pour faire partir la production de nos maraîchers, avec qui nous sommes engagés par contrat. Système U et Biocoop jouent le jeu à fond. Ils absorbent à eux deux tous nos volumes depuis le début de la crise. »

En revanche, la SCIC a dû renoncer à son débouché chez Carrefour, avec qui elle avait pourtant l’habitude de travailler. « Ce n’est pas qu’il n’y a plus de marché, mais eux ne veulent que de la fraîche découpe (légumes en barquette), précise Élodie Bonnemaison. Or, j’ai fermé l’activité légumerie, car je ne pouvais pas garantir une distance de 1,5 m entre les employés qui y travaillent. J’ai mis la moitié du personnel en chômage partiel et perdu 30 % de mon chiffre d’affaires en ne commercialisant plus que des légumes bruts. » Mais le principal objectif est tenu : écouler tous les volumes contractualisés et même un peu plus pour pallier la fermeture des marchés de plein vent, qui impactent certains producteurs.

« Par contre, je navigue à vue, alors que j’avais habituellement une semaine de visibilité sur les commandes, confiait-elle au téléphone jeudi midi. Là, je ne sais pas encore ce que Système U me commandera pour demain. »

B.L.

(1) Société coopérative d’intérêt collectif.