Le sulfoxaflor, vous connaissez ? Depuis quelques jours, ce nom est omniprésent dans les médias, comme le glyphosate. Le problème ? Cet insecticide serait un « néonicotinoïde caché », selon les apiculteurs. Ils souhaitent donc le retrait des deux spécialités concernées (Transform et Closer), comme « les autres néonicotinoïdes. (1) » Pourtant, suite à l’autorisation en 2015 du sulfoxaflor au niveau européen « dans le respect des procédures réglementaires », la Commission européenne ainsi que le ministère de l’Agriculture ont réaffirmé qu’il ne s’agissait pas de néonicotinoïdes.

« Nous déplorons les amalgames qui ont été faits, insiste Dow AgroSciences, qui le commercialise. Il a une structure chimique différente, n’est pas métabolisé par les mêmes enzymes et il n’y a aucune résistance croisée. » L’Anses confirme : « De la classe des sulfoximines, il a un mode d’action similaire aux néonicotinoïdes, il se différencie cependant par sa très faible persistance dans les sols (1 à 4 jours contre 120 à 520) et dans les plantes. Sur les abeilles, les éléments évalués ne mettent pas en évidence de risque inacceptable lorsque l’exposition des pollinisateurs à la substance est limitée par des mesures de gestion appropriées. » C’est pourquoi les autorisations de Closer et Transform sont assorties de restrictions comme l’interdiction d’utilisation cinq jours avant, pendant la floraison et les périodes de production d’exsudats. Les ministres de l’Agriculture et de l’Écologie, saisis par les apiculteurs et les associations écologistes, viennent de demander à l’Agence d’étudier de nouvelles données pour « affiner le cas échéant les conditions d’emploi prévues. » Réponse d’ici à trois mois.

Si personne ne nie que le sulfoxaflor est toxique pour les abeilles, comme tous les insecticides d’ailleurs, pourquoi les mesures de gestion des risques ne seraient-elles pas suffisantes pour les protéger ? Dow AgroSciences appuie : « Utilisé sur 4 Mha dans le monde depuis cinq ans, il n’y a jamais eu d’effets néfastes signalés. » Mais rien n’y fait, dans ces affaires de « pesticides », de plus en plus médiatisées, le principe de précaution semble prévaloir sur toutes les restrictions d’emploi et ce, quel que soit leur profil environnemental. Tous les éléments en faveur de leur emploi, même venant d’institutions reconnues et indépendantes, semblent suspects, la société civile rejetant de plus en plus les insecticides a priori, et plus généralement les « pesticides ». Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, veut exploiter cette tendance et réclame déjà une sortie généralisée des phytos.

(1) L’interdiction des spécialités à base d’acétamipride, clothianidine, dinotéfurane, imidaclopride, nitenpyrame, thiaclopride et thiaméthoxame est prévue au 1er septembre 2018, avec de possibles dérogations jusqu’en 2020.

Par Céline Fricotté