Une petite phrase suffit parfois à relancer de vieux débats, surtout si elle est élyséenne. Depuis qu’Emmanuel Macron a promis « des décisions de rupture » pour « reprendre le contrôle » sur notre alimentation le 12 mars dernier, chacun des syndicats agricoles, parfois aux côtés d’autres organisations, s’est engouffré dans cette brèche grande ouverte. Le 6 mai, la FNSEA dégainait un manifeste pour une « souveraineté alimentaire solidaire ». Des mots et des propositions qui lui ont valu des tirs croisés de la part des autres syndicats qui n’ont pas hésité à critiquer un certain opportunisme.

La Confédération paysanne a notamment dénoncé, dans un communiqué du 14 mai, l’emploi par la FNSEA du champ lexical altermondialiste, tout en la jugeant responsable de « la fragilité » de notre système agricole et alimentaire. Dans cette guerre des mots, le syndicat de Nicolas Girod plaidait, le 30 avril, pour « une souveraineté alimentaire paysanne ». Le Modef a rappelé « la mémoire courte » du syndicat majoritaire, en l’accusant d’être responsable de la dépendance alimentaire du pays et de la disparition massive d’agriculteurs. Cette révolte des minoritaires s’est étendue jusqu’à la Coordination rurale qui a qualifié l’emploi « de mots et de concepts creux » de la part de la FNSEA.

Dans une lettre qu’elle a adressée la semaine dernière au président de la République, celle-ci estime même avoir trouvé, de la part du chef de l’État, un écho à sa proposition d’une « exception agriculturelle », celle-là même qui consisterait à retirer les biens alimentaires des règles de l’Organisation mondiale du commerce et des accords de libre-échange. Mais quel que soit le bord syndical, chacun sera d’accord pour affirmer que la crise liée au Covid-19 a mis en lumière les dérives d’une mondialisation à l’excès.

Si la France dépend de cette globalisation des échanges dans certaines catégories de produits (une tomate sur deux, achetée en frais ou pour l’industrie, était notamment importée en 2017, selon FranceAgriMer), l’agriculture française en est également dépendante dans sa capacité à produire. Le flop des plateformes de recrutement de volontaires français et la nécessité de rouvrir les frontières au plus vite pour les saisonniers étrangers en est, sans doute, l’exemple le plus criant (lire aussi pages 7 et 12).

par Alexis Marcotte