Ce qui est en cause. La présence de résidus de pesticides dans les denrées alimentaires non-bio mise en avant par Générations futures (GF), via la publication le 11 octobre dernier de résultats d’analyses de müesli bio et non bio.

Après enquête. Il ne s’agit pas d’un bol de müesli « bourré » de pesticides ou d’une « étude des plus sérieuses », comme cela a été lu ou entendu la semaine dernière. Il ne s’agit pas non plus de la vérification exhaustive de l’innocuité d’un produit alimentaire pour la santé humaine. Dans ce cas, elle s’intéresserait aussi à d’autres facteurs de risque tels que le sucre, les mycotoxines, des bactéries… Générations futures, association qui lutte contre les effets négatifs des pesticides de synthèse et défend l’agriculture bio, a simplement effectué des dosages de pesticides dans quelques mélanges de céréales et fruits secs. Les résultats révèlent la conformité des échantillons aux normes européennes : les limites maximales de résidus (LMR) de pesticides par substance identifiée ne sont pas dépassées. Rien d’alarmant au regard de la réglementation actuelle donc. Cependant, le gros plan est fait sur la nature (perturbateur endocrinien – PE – ou pas ?) et sur le cumul des pesticides identifiés par échantillon, deux points sensibles de la réglementation.

Premier point, les PE n’ont pas, à ce jour, de définition arrêtée en Europe. Celle qui a été proposée par la Commission européenne, en juin dernier (1), est jugée trop restrictive par le gouvernement français, qui se base sur l’avis de l’Anses (2). Celui-ci considère non pas une (comme la commission) mais trois catégories de PE : les « avérés », les « présumés » et les « suspectés ». Le second point est aussi appelé « effet cocktail » ou effet cumulé. La présence concomitante de plusieurs pesticides peut augmenter comme diminuer le risque d’impact négatif sur la santé humaine. Elle fait l’objet d’un programme de recherche européen (EuroMix) et n’est à ce jour prise en compte que pour l’eau, via la LMR « tous pesticides confondus » (0,5 µg/l) considérée en plus de celle « substance par substance » (0,1 µg/l).

L’alerte de Générations futures sur le contenu « caché » de notre alimentation a été suivie de l’annonce de la commande d’une expertise scientifique à l’Anses pour définir des critères de mise en place d’une « limite maximale globale » pour tous les pesticides présents dans l’alimentation. L’objectif est d’aboutir à une « ration journalière qui ne soit en moyenne pas trop exposante », selon le ministère de la Santé. Comme pour l’eau donc. Pour le collectif Sauvons les fruits et légumes, l’enchaînement des faits est preuve de connivence entre le gouvernement et « les associations écologistes ». GF, de son côté, se réjouit de cette « réelle avancée ». Et de son coup de pression médiatique rondement mené qui, s’il ne garantit pas encore de résultats en termes réglementaires, implique déjà la mise en œuvre de moyens.

Ana Cassigneul

(1) Voir FA n° 3649 du 24 juin 2016, page 26.

(2) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.