Mettre la pression sur les distributeurs, à un mois de la fin des négociations commerciales. Tel était l’objectif des centaines d’agriculteurs bretons qui ont déversé, la semaine dernière, des détritus devant les enseignes Leclerc, Intermarché et Géant du Finistère et des Côtes-d’Armor. Il faut dire que les rumeurs de nouvelles pressions sur les prix inquiètent, jusqu’au sommet de l’État.

Sur l’impulsion du président Macron, les ministres de l’Agriculture et de l’Économie ont organisé une énième table ronde, le 2 février 2018, pour rappeler à l’ordre les enseignes qui « ne respectent pas les règles », avec menaces de dénonciation. Suffisant pour calmer le jeu ?

Revente à perte

Rien ne changera sans la loi. Or, le projet visant à rééquilibrer les relations commerciales, présenté par le gouvernement le 31 janvier, ne sera applicable que l’année prochaine. Et d’ici là, les débats ne manqueront pas. Notamment sur l’augmentation de 10 % du seuil de revente à perte (SRP), censée assurer aux fournisseurs des conditions de négociation plus favorables. Selon une étude d’impact publiée par l’Assemblée nationale, cela pourrait provoquer jusqu’à 2 % de hausse des prix en rayon, si la totalité des produits alimentaires sont affectés. Soit « 5 milliards d’euros de surcoût », calcule l’UFC-Que choisir, qui s’énerve : « Les difficultés des agriculteurs servent de faux nez à la grande distribution et à l’industrie, et amènent la FNSEA, en plein fantasme, à se fourvoyer sur le dos des consommateurs ! »

Alain Cardinaux